Mercredi 5 octobre 2011
3
05
/10
/Oct
/2011
08:42
DEXIA fauchée par la crise de la dette
La banque franco-belge spécialisée dans les prêts aux collectivités locales est au bord de l'asphyxie trois ans après avoir échappé à la faillite grâce à
l'aide des pouvoirs publics. Dexia court droit vers un démantèlement qui ferait d'elle le premier établissement européen victime de la crise de la dette.
Malgré une restructuration à marche forcée depuis 2010 sous l'impulsion de la Commission européenne, Dexia a finalement été rattrapé par la crise de la dette.
L'importante réduction de son bilan et de ses besoins en liquidités à court terme n'auront pas suffi à rendre son équilibre à l'établissement. Trop d'actifs, trop de prêts à long terme pour trop
peu de dépôts: tour à tour, les agences de notation Fitch et Moody's avaient tiré la sonnette d'alarme ces derniers jours sur les conséquences du tarissement des sources de refinancement du
groupe, au profil trop exposé pour les marchés.
Le scénario catastrophe du démantèlement de Dexia qui se précise et qui suscite l'inquiétude des personnels, a affolé les investisseurs et fait plonger mardi
4 octobre l'action du groupe. En moins de vingt minutes, le titre Dexia a fondu de plus d'un tiers de sa valeur à l'ouverture de la Bourse de Paris. Peu après 14H00, il abandonnait encore 15,3% à
1,1 euros.
Nouvelles "cessions et alliances"
Après six heures d'un conseil d'administration marathon, Dexia a ouvert la voie, dans un communiqué sibyllin publié dans la nuit de lundi à mardi, à de nouvelles
cessions et alliances pour résoudre ses "problèmes structurels".
Le conseil d'administration a mandaté l'administrateur délégué Pierre Mariani pour "préparer, en concertation avec les Etats et les autorités de contrôle, les
mesures nécessaires pour résoudre (ces) problèmes".
"L'ensemble du groupe Dexia serait à vendre", a indiqué à l'AFP un responsable syndical belge, Jean-Michel Cappoen, à l'issue d'une réunion de représentants
de la direction et du personnel de la banque à Bruxelles.
Dans son communiqué, Dexia a laissé entendre qu'il allait sans doute isoler hors de son périmètre le portefeuille de 95 milliards d'euros d'actifs à risque dont il
cherche à se délester depuis des années et qui "pèse structurellement sur le groupe".
La création d'une "bad bank", structure de défaisance pour les actifs dépréciés, est "une des possibilités", a reconnu le ministre belge des Finances Didier
Reynders.
Au-delà, le conseil de Dexia souhaite "ouvrir de nouvelles perspectives de développement" aux filiales française et belge.
Selon Le Figaro, Dexia devrait céder sa filiale turque Denizbank, les activité de gestion d'actifs, de banque privée mais aussi de la branche de banque de détail en
Belgique, appuyée sur le vieux Crédit communal de Belgique. Quant au portefeuille de prêts aux collectivités locales en France, qui pèse environ 70 milliards d'euros, il serait repris, par une
société créée par la Caisse des dépôts et la Banque Postale.
Co-actionnaires, la France et la Belgique sont montées au créneau pour tenter d'enrayer la panique, en assurant qu'elles garantiraient avec leurs banques centrales
les dépôts et le financement du groupe jusqu'à la liquidation qui se profile. "Les Etats belge et français répondront présents comme en 2008", a assuré le ministre français des Finances François
Baroin à Luxembourg.
"Tant la France que la Belgique sont prêtes à apporter une garantie pour les financements de Dexia, quelle que soit la forme que cela prendra", a renchéri son
homologue belge Didier Reynders, en annonçant une réunion d'urgence du gouvernement belge dans la soirée.
"Il n'y a pas de raison d'avoir d'inquiétude majeure à propos de ce groupe si on continue à accélérer la cession d'actifs", a ajouté Didier Reynders, refusant de
parler de démantèlement. "On va vers un renforcement de l'activité bancaire, c'est cela l'objectif", a-t-il affirmé. Interrogé sur la forme que pourra prendre le soutien de Paris et Bruxelles, M.
Reynders a répondu que "les aides financières passent par des garanties, des recapitalisations, des prêts" et que "tout dépendra du schéma présenté par le management de Dexia".
Les collectivités inquiètes
Pour le président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, les difficultés de la banque Dexia risquent d'affaiblir le financement de
l'investissement local. "On est dans une période où les collectivités ont de plus en plus de mal à obtenir des crédits en raison des nouvelles contraintes bancaires posées par les accords de Bâle
3, en raison du problème des liquidités bancaires, et maintenant avec les difficultés Dexia", a déclaré M. Bartolone à l'AFP. "Cette situation peut affaiblir le financement de l'investissement
local, qui représente 75% de l'investissement public en France", a-t-il souligné.
La situation de la banque franco-belge pose plusieurs questions, selon Claude Bartolone: "Quid de l'engagement financier de l'Etat pris en 2008" pour sauver la
banque entraînée dans la crise des subprimes? "Quels engagements a-t-on pour que le démantèlement de Dexia ne vienne pas contaminer La Banque Postale ou la Caisse des dépôts et consignations?
Quelle structure va être mise en place pour régler la crise des emprunts toxiques" placés par la banque auprès de collectivités?. "On voit qu'il y a le feu", a poursuivi M. Bartolone, rappelant
qu'il avait "alerté dès 2008 l'opinion sur la situation de Dexia".
Il s'est également prononcé pour "une véritable banque partenaire des collectivités locales". La suppression de la Caisse d'aide à l'équipement des collectivités
locales (CAECL), qui a abouti au Crédit local de France avant de devenir Dexia en s'alliant avec le Crédit communal de Belgique, "a été une erreur", a-t-il jugé.
Sur Le Moniteur.fr