L’adoption en deuxième lecture à l’Assemblée nationale de quatre amendements au projet d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI) est à considérer comme un tournant de la politique menée par l’UMP.
Exit donc les incantations Sarkoziennes aux mânes de la gauche, exit également l’appel au centre par BORLOO interposé, et vive le retour « au bon sens », ce qui dans le langage de La Droite populaire (1), initiatrice des amendements félons, équivaut à pêcher dans les eaux troubles d’un populisme aujourd’hui fort en vogue au sein des état majors des droites Européennes.
On ne reviendra pas sur ce collectif lancé le 14 juillet 2010 par 35 députés de l’UMP si ce n’est pour dire que cette « droite de conviction », en se faisant l’apôtre de « la nation, le patriotisme et la république … contre les tabous du – politiquement correct - » en vient à vouloir dériver le sens de ce qui au-delà de cette trilogie issue de l’esprit de 1789, fait référence à la liberté, à l’égalité et à la souveraineté du peuple.
Prenons le premier amendement soutenu par Bernard REYES (député UMP des Bouches-du-Rhône). Qu’est-ce donc que cette « incitation financière à la mise en œuvre de la loi », celle portant sur la conditionnalité des financements du Fond interministériel de prévention de la délinquance ? sinon cette énième tentative d’attenter à l’autonomie des collectivités locales par le biais de la mise sous tutelle de leurs financements.
Le deuxième amendement, s’il devait être adopté, permettrait l'instauration d'une peine complémentaire pour les étrangers reconnus coupables de crimes. L’article 50 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2) serait dès lors contournée par la question subsidiaire du Président de la cour d’assise posée au jury sur l’application ou non de cette « double peine » réservée aux étrangers coupables de crimes.
Il va de soi que le Parti socialiste condamne fermement cette discrimination qui s’attache aux étrangers en autorisant dans la foulée la mise au placard de l’égalité de traitement des justifiables devant la loi
« Reste cet autre amendement. « Nous sommes pour ne pas changer la moindre virgule du système actuel », avait lancé Delphine BATHO au nom du PS. En effet, quel serait l’intérêt de raccourcir à deux ans et sous conditions le délai de restitution des 12 points à un automobiliste contrevenant privé de permis de conduire ?
Au nom de quel principe justifier celui ci si ce n’est celui d’envoyer un message laxiste en matière de sécurité routière, là où cette disposition a fait notoirement fait baisser le nombre des morts et des blessés de la route.
Pour l'heure, vouloir brosser les électeurs dans le sens du poil à moins de deux ans des prochaines présidentielles, est un geste irresponsable dont l’intérêt électoraliste évident n’a pas à s’imposer aux exigences de la vie humaine.
Aussi lorsque des membres de ce collectif, aussi influents que Christian VANNESTE (3) (bien connu pour ses propos homophobes et la place qu’il accorde à l’enseignement de l’esclavage et de la traite négrière), en viennent à entraîner derrière eux une bonne part des députés UMP, c’est bien parce que à la veille du débat sur la LOPPSI, le président Nicolas SARKOZY s’est cru autorisé à « laisser le débat parlementaire se faire » en totale contradiction en cela avec les us et coutumes qu'il n'a cessé d'imprimer depuis son élection en mai 2007.
En l’occurrence, le hasard n’a que peu de place dans ce qui se déroule sous nos yeux. Sous couvert « de bon sens populaire » s’érigeant en force de propositions face à « l’idéologie des élites », c’est bien à un discours populiste d'un nouveau type que l’on a à faire face, celui « d'un monde multipolaire débarrassé des oripeaux souverainistes et de l'éthique encombrante de l'homme, seul bénéficiaire de ses œuvres » celui autorisant « le double bind de l'ultra libéralisme économique et du conservatisme social, avec au final la certitude de détenir la martingale garantissant l'inégalité des positions sociales et des échanges commerciaux ».(4)
Francis Alexis HAMMER
1 . Les 35 députés signataires de la charte du 14 juillet 2O1O
ABOUD Elie, Député de l'Hérault , ALBARELLO Yves, Député de Seine-et-Marne, BAREGES Brigitte, Député de Tarn-et-Garonne, BEAUDOUIN Patrick, Député du Val-de-Marne BODIN Claude, Député du Val d'Oise, CALMEJANE Patrice, Député de Seine-saint-denis, CARAYON Bernard, Député du Tarn, DEBRE Bernard, Député de Paris, DECOOL Jean-Pierre, Député du Nord, DHUICQ Nicolas, Député de l'Aube, DIARD Eric, Député des Bouches-du-Rhône, FERRAND Jean-Michel, Député du Vaucluse, GANDOLFI-SCHEIT Sauveur, Député de Haute-Corse, GARRAUD Jean-Paul, Député de Gironde, GILARD Franck, Député de l'Eure, GINESY Charles-Ange, Député des Alpes-Maritimes, JOISSAINS-MASINI Maryse, Député des Bouches-du-Rhône, LABAUNE Patrick, Député de la Drome, LUCA Lionnel, Député des Alpes-Maritimes, MACH Daniel, Député des Pyrénées-Orientales, MALLIE Richard, Député des Bouches-du-Rhone, MARIANI Thierry, Député du Vaucluse, MARTINEZ Henriette, Député des Hautes-Alpes, MEUNIER Philippe, Député du Rhône, MOTHRON Georges, Député du Val d'Oise, MYARD Jacques, Député des Yvelines, REMILLER Jacques, Député de l'Isère, ROATTA Jean, Député des Bouches-du-Rhône, ROUBAUD Jean-Marc, Député du Gard, SPAGNOU Daniel, Député des Alpes-des-hautes-provences, TIAN Dominique, Député des Bouches-du-Rhone, VANNESTE Christian, Député du Nord , VANNSON François, Député des Vosges, VITEL Philippe, Député du Var, VOISIN Michel, Député de l'Ain
2. « Nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été
acquitté ou condamné dans l'Union par un jugement pénal définitif conformément à la loi »
3. Christian Vanneste, un conservateur du 3ème type
4. ibidem
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