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Réflexion Politique

Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 11:40

 

Emmanuel Todd : "Notre classe dirigeante n'est pas au niveau"

 

Emmanuel Todd dans l'ascenseur de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

 

Le mouvement contre les retraites a réjoui l'historien Emmanuel Todd : selon lui, c'est le signe que « la France est toujours là » , un peuple capable de dire à sa classe dirigeante qu'elle se trompe en entretenant une machine à broyer les couches populaires, mais aussi, désormais, les classes moyennes. Le pays a besoin d'une gauche plus dure, estime ce « modéré qui parle brutalement ».

Emmanuel Todd est un historien qui étudie l'ave nir : il a écrit sur la décomposition de l'Union soviétique (« La Chute finale », 1976), sur le déclin des Etats-Unis (« Après l'empire », 2002).

A 59 ans, il se projette dans les trente prochaines années en démographe déprimé par une société vieillissante, cédant aux sirènes du sarkozysme (« Après la démocratie », 2008).

Au terme de cet octobre fiévreux, il dénonce l'« oppression économique » des jeunes générations et fustige la « gauche molle », incapable de s'opposer à la « droite dure » au pouvoir.


A-t-on vécu en octobre une « jacquerie », comme l'a titré Le Point, avec ce mouvement social ?


Ce titre, c'est l'habillage classique plaqué par la « presse d'en haut » sur ce qu'on ne peut même plus appeler la « France d'en bas ». Chaque fois qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans le pays, la presse abreuve d'insultes le peuple de France, qui ne se comporte pas comme il faut, qui n'accepte pas la réforme, etc.

Le truc le plus extraordinaire dans le genre, c'est quand Jean Michel Apathie affirme sur Canal + que les Français sont insupportables, qu'ils n'ont pas la discipline des Anglais pour accepter une réduction du niveau de vie, des compressions de personnel, etc. Le tout assis sur une ignorance crasse de la société anglaise.

Non, ce n'est pas une jacquerie. Le mot est totalement déplacé.


C'est une image révolutionnaire…


Non, « jacquerie », ce n'est pas une image révolutionnaire, ça évoque le soulèvement de paysans ignares. La jacquerie, c'est le XIVe siècle, une phase d'immaturité populaire, longtemps avant la Révolution, qui, elle, avait un programme. Le mot véhicule l'idée d'un peuple pas au niveau.


Peut-on dire qu'avec ce conflit social la France est de retour ?


C'est mon sentiment. En fait, la question que l'on se pose avec Sarkozy est : la France existe t-elle toujours ? Parce que Sarkozy a un comportement non-français, un rapport aux riches qui est non-français, une façon d'être non-française…

Or, malgré des indices de popularité épouvantables, malgré le résultat des élections intermédiaires, on pouvait se demander si la France existait toujours. Ce mouvement, je l'ai donc pris comme un message d'espoir : le sarkozysme n'a pas tout détruit.


Cela tient au côté râleur des Français ?


Non. Pourquoi le côté râleur ? Moi, j'appelle cela le tempérament égalitaire et la capacité à dire que les classes dirigeantes ne se comportent pas bien, ne font pas ce qu'il faut.

En France, comme ailleurs dans le monde occidental, la classe dirigeante s'abandonne à des concepts économiques complétement archaïques, comme le libre-échange. Elle est incapable de mettre en place un dispositif européen de protection économique qui permettrait la relance et la fin du processus de régression sociale.

On a une classe dirigeante qui n'est pas au niveau, qui est en faillite. La spécificité de la France, c'est que la population est capable de le voir. On entend que les Français sont râleurs, qu'ils refusent l'inéluctable mondialisation.

Si vous recodez, cela donne : « Oui, les Français ne sont pas contents d'envisager pour les trente ans à venir une baisse régulière de leur ni veau de vie alors qu'on pourrait faire autrement. »


Mais la classe dirigeante française n'est pas très différente de celle des autres pays ?


Oui, elle est alignée. Mais les Français ne sont pas un peuple facile à gouverner. C'est mal heureux d'avoir à rappeler que ce sont les Français qui ont fait la Révolution française. Les Anglais ont fait une révolution, mais sans participation populaire : c'était un règlement de comptes entre des classes supérieures.

Dans les pays anglo-saxons, quand on constate une montée des inégalités et une baisse du niveau de vie pour les jeunes, c'est accepté beaucoup plus paisiblement et ça ne pose pas de problème de stabilité au système politique.

 

Les élites politiques françaises ont aussi été choisies par le suffrage universel…


Le mot « élite » m'arrache la gueule. Je suis le contraire d'un populiste. Le peuple français a une capacité à voir quand les dirigeants ne sont pas au niveau. A aucun moment je n'ai dit que le peuple vaut mieux que ses dirigeants ou qu'il peut se passer d'eux.

Ce populisme n'a aucun sens… mais on entend Jean-Luc Mélenchon dire : « Qu'ils s'en aillent tous »…

Une démocratie qui fonctionne bien a un peuple conscient, actif et qui comprend. Mais c'est aussi un système où il y a des élites actives et conscientes. Quand ce n'est pas le cas, comme aujourd'hui, il y a une situation de divorce.

Dans mon esprit, il n'a jamais été question de dire « Tous dehors ! », comme Mélenchon. Je suggère que le protectionnisme européen est une voie pour s'en sortir, pas que c'est la population défilant dans les rues qui va le mettre en place. Le problème de la France, c'est la conversion des élites à des stratégies économiques et sociales raisonnables.


Emmanuel Todd sur la terrasse de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89)

 

N'y a-t-il pas un problème d'institutions derrière ce « divorce » ?


Non. Les systèmes institutionnels sont très différents dans tous les pays occidentaux, mais on constate le même écrasement des salariés, du monde ouvrier, des revenus des classes moyennes. L'un des indicateurs de l'inaction, c'est quand la classe politique justement s'intéresse aux institutions. Le débat sur les institutions, c'est une façon de ne pas parler des sujets économiques.


La gauche est-elle mieux placée que le gouvernement pour renouveller le rôle des classes dirigeantes ?


 

 


Emmanuel Todd (2/2)
envoyé par rue89.

 

 

Sur la question fondamentale, c'est-à-dire l'organisation économique des sociétés, la gauche et la droite sont totalement alignées. Elles se distinguent sur la gestion des conséquences. Or, on atteint aujourd'hui le point d'inflexion où le niveau de vie va commencer à baisser. C'est le contexte du sarkozysme.

Au-delà de ce que le personnage de Sarkozy peut avoir de cafouilleux, d'erratique, d'imprévisible, la droite a une ligne cohérente pour affronter cette perspective, dans un pays où la population est rebelle et a un tempérament égalitaire.

Cette ligne, c'est l'autoritarisme. Ce n'est pas le coup d'Etat à la Napoléon III. C'est plus subtil : un mélange de provocations, d'agitation, d'activation de peurs, de discours sécuritaire, de thématiques ethniques. A travers tout ce que fait la droite, il y a une ligne, un projet.

La vraie force de Sarkozy, à sa manière brouillonne, c'est qu'il incarne cela : le passage d'une droite « propre » à une droite beau coup plus autoritaire. Les socialistes sont très gentils : propres sur eux. Et je vais voter pour eux sans états d'âme. Le problème est qu'ils n'ont pas d'alternative économique. La seule attitude possible, ce serait d'incarner la mu tation des concepts économiques -ce qu'ils com mencent à faire avec la notion de « juste échange ».


En tant que démographe, voyez-vous cette situation comme le symptôme d'un pays vieillissant ?


Cela devient l'axe majeur. J'en parle dans « Après la démocratie » (éd. Gallimard). Deux phénomènes se combinent :

  • l'émergence d'une structure oligarchique concentrant la richesse et le pouvoir -1 % de la population, en haut, s'empiffre d'une manière qui n'a plus de sens.
  • le vieillissement, qui est lié car le capital appartient plutôt aux vieux.

Bien sûr, la plupart des vieux ne sont pas de grands capitalistes. Il suffit de se promener dans la rue… Le vieillissement est au cœur du processus démocratique car les plus de 65 ans représentent plus de 20 % du corps électoral.

Le discours du sarkozysme est celui de la réforme, du changement, le « Ça va bouger ! ». Et, effectivement, Sarkozy bouge, il s'agite. Son élection a été habillée ainsi.

Mais l'analyse démographique du vote de 2007 montre autre chose : Sarkozy a eu 44 % des votes des plus de 65 ans au premier tour. Plus qu'aucun président de droite, Sarkozy a été l'élu des vieux.

Pourquoi ? Parce que la France a été terrorisée par les émeutes de 2005, qui étaient un soulèvement de la jeunesse. Cette peur a été réactivée par les incidents de la gare du Nord, en mars 2007, juste avant l'élection présidentielle. La question des retraites, c'est l'émergence de la démographie au cœur du problème politique français.

L'idée d'ajuster le temps de travail sur la durée de vie n'est pas scandaleuse. Ce qui a été étrange dans cette réforme, c'est l'annonce, dès le départ, que les retraités (l'électorat sarkozyste) ne seraient pas touchés, et donc que le coût de l'ajustement serait supporté par les jeunes. Cette réforme censée dynamiser le pays reflète, en vérité, le fait que le pouvoir sarkozyste est un pouvoir des vieux. Tous les arbitrages se font contre les jeunes.


Les partisans de la réforme disent qu'elle va sauver le système pour les jeunes, confrontés à la dette des soixante-huitards.


La réalité, c'est que le gouvernement n'affronte pas la réalité économique. Cela n'a aucun sens de mettre en place des plans dans un futur indéfini, dans un contexte d'inaction et de laisser faire, alors que le système économique français se désintègre. La priorité, c'est de le remettre sur des bons rails, et les retraites suivront.


Vous êtes favorable au retour de l'Etat dans la sphère économique ?


Pas du tout. Les protectionnistes sont des libéraux, qui croient au marché, à la libre activité de l'entreprise. Il faut juste fixer la taille du terrain de jeux. C'est le contraire de l'Etat bureaucratique. C'est l'Etat libéral qui organise l'existence d'un marché. Moi, je crois au marché.


Que pensez-vous de la motivation des jeunes qui sont descendus dans la rue ?


Je n'aime pas faire parler des catégories sociales. Mais j'ai un peu de mal à imaginer que des jeunes de 15 ans puissent se soucier vraiment de leur retraite. Par contre, l'oppression économique des jeunes est réelle…

La proportion des jeunes qui font des études supérieures est à peu près égale depuis 1995, jamais les jeunes générations n'ont été aussi bien formées. Les générations d'anal phabètes sont à la retraite.

On est dans une société loufoque, qui dépense pas mal d'énergie pour l'éducation de sa jeunesse et qui, ensuite, adhère à un système économique qui assure l'écrasement de la jeunesse et de la baisse de son niveau de vie.

C'est un gaspillage d'énergie énorme. Les jeunes sont assez conscients de ce qui les attend sur le marché du travail. Et donc j'imagine qu'ils ne sont pas très contents. La nouveauté de la période, c'est qu'à part les 1 % d'en haut de la structure sociale plus personne ne profite du sys tème.

En 1995, dans les standards occidentaux, on estimait que les 20 % des classes moyennes supé rieures ayant fait des études ramassaient 50 % de la richesse.

Aujourd'hui, ces mêmes 20 % stagnent ou ont des revenus en baisse. On est dans un processus de réunification de la société par le bas : une mécanique inexorable qui écrase les différentes catégories, en commençant par les plus faibles : jeunes issus de l'immigration, monde populaire, classes moyennes… Il y avait aussi des voitures qui flambaient à Saint-Brieuc !


La démographie nous condamne à des gouvernements de droite pour vingt ans ?


Il y a une forte probabilité. En Europe, le virage à droite a été massif. Mais on n'est pas dans la pire situation : l'âge médian des Français est d'un peu moins de 40 ans ; en Allemagne, c'est 44 ans. La démocratie sénile la plus avancée, c'est l'Allemagne. Les choses sont plus compliquées.

Il faut penser, comme le fait Louis Chauvel, en termes de générations. Les plus de 70 ans ont une histoire très favorisée en termes économiques. Mais nous allons voir arriver de « nouveaux vieux », ayant eu des existences très dures comme actifs, et dont les revenus vont baisser une fois à la retraite.

L'âge d'or des Trente Glorieuses n'était qu'une parenthèse. Com ment vont tourner les « nouveaux vieux », comme moi ? On ne sait pas. Je ne suis pas très optimiste.


Vous avez dénoncé la montée de la vio lence dans le discours politique…


Une des vérités du sarkozysme, c'est l'irruption de la violence. Dès l'origine, la montée en puissance du personnage est associée à ce processus. Il est l'homme politique qui, par ses provocations verbales, a réussi à foutre le feu à une partie des banlieues françaises et qui, ensuite, a été élu sur un dis cours d'ordre -un jeu extraordinaire de pompier pyromane. Il a fait entrer dans le discours politique une brutalité et une vulgarité sans pareilles.

Sarkozy est violent. Est-ce simplement verbal ? Je ne sais pas. Cela pourrait préfigurer pire. Il y a une assymétrie dangereuse dans le système.

Les socialistes ne sont pas violents. Ils restent porteurs de la bonne éducation de la période précédente. Ils sont dans une posture de communiant. Sans doute n'ont-ils pas bien compris à quoi et à qui ils avaient affaire. Le langage de droite de Sarkozy est dans son époque, les socialistes n'y sont pas.

Mélenchon, avec tout son côté brouillon, est dans son époque. Pour la première fois, on voit des gens de gauche se mettre au niveau de violence, réel ou virtuel, de la société. C'est pour cela que moi, consciemment, je m'astreins à parler brutalement, pour être en phase avec l'époque et l'adversaire.


La gauche n'est pas assez dure ?


Elle n'est pas assez dure sur le plan économique. Et puis il y a un phénomène historique quand on regarde la façon dont la gauche et la droite se sont réunifiées. Il y avait une droite dure (les gaullistes) et une droite molle (les centristes-républicains indépendants). De l'autre côté, il y avait la gauche molle (les socialistes) et la gauche dure (le Parti communiste).

En 1968, entre cocos et gaullistes, on s'estimait parce qu'on était des durs. La droite a été réunifiée autour de la droite dure -dont le cœur est le RPR des Hauts-de-Seine, héritier de la tradition barbouzarde du gaullisme- et la gauche a été réunifiée autour de la gauche molle, avec le déclin du PCF.

D'un point de vue sociologique, les socialistes entretiennent un rapport fort à l'éducation, à la culture : ce sont des premiers de la classe, des bons élèves. La gauche était autrefois le reflet du monde enseignant et du monde ouvrier, mais, en ne prenant pas la mesure de la mutation économique, elle a perdu le second.

 

Pascal Riché et David Servenay sur Rue89 - Photos : Emmanuel Todd (Audrey Cerdan)

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 09:29

 

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Un rapport d'évaluation du Grenelle de l'Environnement a été présenté ce jour à Jean Louis BORLOO. L'équipe de Désirs d'Avenir donne son analyse critique sur ce rapport.

 

 

 


  Contenu du rapport d’évaluation : un contre feu médiatique aux critiques des associations


Le rapport complet comporte plus de 200 pages et a été rendu public sur le site du Ministère de l'écologie, de l'énergie , du développement durable et de la mer, à l’issue de la réunion de présentation du rapport.

Alors que les associations sont très critiques, notamment à cause de l'écart entre les discours et les actes, ce rapport fait l’éloge du Grenelle de l’Environnement. Il indique que plus des trois quarts des engagements pris en 2007 sont réalisés ou en cours de réalisation et impute les échecs aux « résistances » rencontrées auprès de la société civile et des acteurs socio-économiques (cf. abandon du projet de taxe carbone).

La communication porte principalement sur les messages suivants :

  • plus des trois quarts des 268 engagements pris en octobre 2007 sont aujourd'hui "réalisés" ou "en cours de réalisation" ;

  • "Parmi les 268 engagements initiaux, 18 % (48 engagements) peuvent être considérés comme totalement réalisés et plus de la moitié (59 %, 157 engagements) sont en cours de réalisation"

  • "certain nombre de résistances ont, sur certains points, ralenti la mise en oeuvre des engagements". Ainsi, "environ un engagement sur cinq (soit 52 engagements) nécessite une réorientation stratégique ou une remobilisation significative". L’exemple cité est celui du projet de contribution climat énergie (taxe carbone) abandonné.

  • Seuls onze engagements (soit 4%) ne répondent plus aux objectifs initiaux d'il y a trois ans et nécessitent une redéfinition complète.

En outre, ce même jour, le Ministère se targue d’un sondage IFOP qui valide la feuille de route du Grenelle de l’environnement : « 92 % de Français considèrent que c’est la bonne méthode pour faire bouger les choses et 81 % d’entre eux souhaiteraient être encore mieux informés sur les mesures issues du Grenelle Environnement ».


Sur les conclusions du rapport : une analyse flatteuse en contradiction avec celle des ONG environnementales


L’analyse des ONG est bien moins positive que ce qu’affiche le gouvernement :

  • Le Réseau action climat France, réunissant des ONG comme Greenpeace, Les Amis des la terre ou Agir pour l'environnement, avait mis en doute fin octobre les résultats du Grenelle : "Les petites avancées que le gouvernement affiche ne doivent pas masquer l'absence criante de mesures de rupture, structurantes et réellement efficaces »

  • Malgré la publication du rapport, les ONG ré-affirment leur position aujourd’hui : « Le moins que l’on puisse dire c’est que le New deal écologique promis par le Président de la République n’a pas eu lieu », « Au contraire, ce que certains redoutaient déjà en 2007 est arrivé : les petites avancées que le gouvernement affiche ne doivent pas masquer l’absence criante de mesures de rupture, structurantes et réellement efficaces ». Olivier Louchard, Directeur du RAC-France Montreuil, le 2 novembre 2010.

  • Les domaines principaux pour lesquels les ONG reprochent au gouvernement de ne pas tenir ses promesses :

    • Energies renouvelables : recul sur l’éolien, le photovoltaïque, les crédits d’impôts pour soutenir les investissements des particuliers, la priorité toujours donnée au nucléaire,…

    • Bâtiments : progrès sur le neuf mais enlisement sur la rénovation du parc existant

    • Les transports : pas de moyens pour le développement des transports collectifs urbains et ferroviaires, de nouvelles mesures en faveur du transport par la route et développement du secteur aérien

    • L’agriculture : réduction des engagements pour la réduction des pesticides et absence de mesures ambitieuses pour réduire les émissions de N2O et CH4

    • fiscalité écologique au point mort (abandon de la taxe carbone)

Ce qu'il faut en déduire


Le gouvernement trompe les français au sujet du Grenelle de l’environnement


Le rapport d’évaluation du Grenelle de l’environnement rendu public ce matin par le Ministère du Développement Durable est trompeur :

  • Il fait injustement l’éloge du Gouvernement dans sa mise en œuvre du Grenelle en faisant croire que les trois quarts des engagements pris en 2007 sont déjà réalisés ou en cours de réalisation ;

  • Cette évaluation est tout sauf indépendante puisqu’elle repose sur les seuls avis des Présidents et responsables des groupes de travail mis en place en 2007.

En effet, depuis plusieurs mois, tous les acteurs reprochent au Gouvernement de revenir sur ses engagements et de ne pas tenir ses promesses :

  • dans les énergies renouvelables avec les nouvelles mesures qui cassent l’essor du photovoltaïque et de l’éolien,

  • dans l’isolation des bâtiments en remettant en cause les aides aux particuliers qui commençaient à se mobiliser,

  • dans le secteur des transports avec l’absence de moyens pour développer les transports collectifs urbains et ferroviaires, malgré de nouvelles mesures en faveur du transport par la route et du développement du secteur aérien,

  • dans le secteur agricole avec la remise en cause des engagements pour la réduction des pesticides.

La vérité est que le Grenelle avait été présenté comme une méthode innovante de faire de la politique en associant l’ensemble des citoyens. Or les reculs sont annoncés au fil des interviews ministérielles ou des projets de loi, sans concertation jusqu'au Président de la République qui déclarait aux agriculteurs le 6 mars dernier, lors du Salon de l'Agriculture « L'environnement, ça commence à bien faire .


La communication faite aujourd’hui autour du rapport d’évaluation du Grenelle révèle une nouvelle fois sa vraie nature qui n’est qu’une opération de communication et d’inflation législative sans moyens, et donc sans effets.





Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 00:42

Philippe-Bilger.jpg

 

Il y a des colloques qui ne servent à rien. Je l'avoue, je suis même intervenu dans certains. On espère toujours mais la lucidité impose parfois le triste constat d'un temps gaspillé.

Quel contraste avec "Les Assises de la Prévention de la Délinquance Juvénile" proposant de "se mobiliser autour de nouvelles réponses", organisées et présidées par Jean-Marie Bockel, Secrétaire d'Etat à la Justice avec le concours à la fois efficace et aimable de son directeur de cabinet Laurent Marcadier.


Pour être rebattu, ce thème demeure capital et le tour de force a été de passionner alors qu'une forme d'inéluctabilité morose pèse sur les esprits et laisse croire à tort que le combat est déjà perdu. Ce n'est pas en tout cas une mince affaire sur le plan social que de s'affronter à une problématique (Libération) concernant 370 000 mineurs pour l'année écoulée, aussi bien en matière éducative que pénale.


D'emblée a été évacuée cette fausse question de l'opposition absurde entre prévention et répression comme si l'une et l'autre n'étaient pas nécessaires mais n'avaient pas le même rythme et le même impact, la première étant destinée à modifier le tissu des destinées singulières et collectives à long terme et la seconde à intervenir dans l'urgence pour réparer les déchirures causées par de multiples transgressions, crimes et délits, à la fois de plus en plus graves et commis de plus en plus précocement. Rien n'est plus incohérent, comme on l'entend souvent dans les discours sulpiciens, que d'exiger de la prévention une action répressive et de la répression des conséquences durablement préventives. Ce sont deux mondes complémentaires mais qu'il convient de ne pas mélanger. Cette méthode salubre a été clairement adoptée par ces Assises et Jean-Marie Bockel l'a souligné dans son propos introductif.

Toutefois, ce qui a marqué les débats est une double réflexion sur les instances capables d'assurer et d'assumer la prévention de la délinquance juvénile (17% de la délinquance totale) et sur les modalités de leur action.

A la première interrogation, la réponse est facile puisque naturellement la famille, l'école et la citoyenneté constituent les terreaux et les structures susceptibles de favoriser ou d'imposer le cours paisible de parcours qui, sans leur aide et leur chaleur, dériveraient. Cette identification des forces positives de cohésion et de solidarité ne suffit plus, à elle seule, en dépit de la bonne volonté des uns et des autres, pour considérer qu'un barrage solide a été construit et que la délinquance juvénile va se trouver limitée.


Il y aura, pour celle-ci comme pour l'adulte, le poids, évidemment, des tempéraments individuels et de la liberté du "je" même s'il est permis de supposer que pour les mineurs les influences ont encore toute leur chance.

Plus profondément - et cette seconde interrogation prise de plein fouet a fait la richesse rare du colloque -, l'incertitude, si elle ne se rapporte plus aujourd'hui aux outils et aux agents de la prévention - parents, enseignants, citoyens -, est suscitée, en quelque sorte au second degré, par ce qui mine de l'intérieur les familles, l'école et la société. Ces forces que je qualifiais de positives sont elles-mêmes, et de plus en plus, corrodées, déstabilisées et détournées de leur mission. Loin de pouvoir aisément se consacrer aux tâches préventives pour sauver les plus jeunes, elles sont obligées de se concentrer, en désespoir de cause, sur elles-mêmes pour reprendre pied et vigueur. Malades, elles se doivent de guérir et de recouvrer une légitimité contestée pour redevenir, à part entière, des acteurs performants de la prévention de la délinquance juvénile.


On a entendu, sur le rôle des parents, des interventions remarquables, d'abord du procureur Jean-Claude Marin faisant état d'une pratique relative à des "stages parentaux" puis du président Jean-Pierre Rosenczveig soulignant la nécessité de tenir compte des nouvelles configurations familiales nées de l'évolution.


Pour l'école, est-il besoin d'insister sur le malaise de cette dernière chargée d'enseigner et d'éduquer quand au contraire, en certaines zones et pour certains établissements, la loi est faite par ceux auxquels elle devrait s'appliquer ? Les professeurs, la hiérarchie scolaire sont trop occupés à ne pas sombrer ici ou là pour s'offrir le luxe de remplacer les familles dans un travail préventif gâché en amont et que la communauté nationale aura du mal à réparer en aval.


Le civisme est atteint, lui, de toutes parts. Il n'est pas un quotidien qui ne se plaigne de l'incivisme, reprenant les doléances de beaucoup de nos concitoyens. "Un peu de civisme, s'il vous plaît", titre sur deux pages Le Parisien qui fait appel, pour les remèdes, à cinq personnalités. La plus farfelue est évidemment Alexandre Jardin qui souhaite "donner un rôle aux petits caïds" et la plus avisée Michel-Edouard Leclerc qui rêve "que les élites soient exemplaires". Le Figaro nous apprend que "65% des Français pensent que l'incivisme a progressé depuis dix ans... et ce sont les violences à l'école et le manque de politesse qui inquiètent le plus". Je ne m'amuserais pas de ces sombres perspectives qui, pour une large part, sont l'oeuvre de ceux qui les dénoncent mais je verrais plutôt dans ce consensus la marque d'une société atteinte en son coeur et qui, incapable d'être authentiquement citoyenne, est forcément inapte à apprendre la citoyenneté aux mineurs en danger.


Baisser les bras, l'esprit aurait été une tentation. Le contraire de la démarche initiée par Jean-Marie Bockel. Il est des colloques si utiles et réussis qu'ils sont déjà des actes.

La délinquance juvénile, si elle ne relève pas que de la responsabilité des mineurs, n'est pas irrésistible. Mais il ne faut pas laisser se dégrader les puissances bienfaisantes qui seules peuvent la prévenir.

 

Philippe Bilger sur son blog

 

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