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Réflexion Politique

Samedi 7 août 2010 6 07 /08 /Août /2010 08:59

 

L’offensive sécuritaire menée par Nicolas Sarkozy ne laisse pas beaucoup de doute, la campagne du second mandat a déjà commencé. Les bénéfices attendus sont probablement multiples : sortir par le haut du désastreux épisode Woerth-Bettencourt ; rebâtir l’image d’homme à poigne et de premier flic de France du président ; reconquérir l’électorat frontiste considéré comme perdu depuis 2007 ; last but not least, piéger l’opposition. Car malgré les efforts de personnalités socialistes comme Julien Dray, ou Ségolène Royal pendant sa campagne présidentielle, la thématique de la sécurité et des violences reste un terrain difficile pour la gauche, où elle peine paradoxalement, malgré ses réussites sur le terrain, malgré l’échec des solutions proposées par la droite depuis 8 ans, à conquérir un magistère public et à tenir un discours offensif et cohérent.

 

Les prochains jours diront si l’Élysée tirera ou non les fruits de sa stratégie dans l’opinion. Mais une chose est sûre, le dernier objectif – la paralysie de l’opposition – est déjà en partie atteint. Il suffit d’observer les différentes réactions de la gauche depuis le début des événements de Grenoble, et notamment après le point d’orgue du discours présidentiel tenu dans la même ville.

Premier type de réactions, le chœur des démocrates scandalisés, qui crient au crypto-fascisme, à la République en danger, au retour aux années 30. Aussi fondée que puisse être l’indignation face au jeu dangereux de la majorité avec la nationalité et les stéréotypes racistes, elle a pour principal effet de faire parler l’opposition de tout, sauf de solutions à l’insécurité, et donc de nourrir la caricature des gauchistes-laxistes angéliques, plus prompts à excuser les violences qu’à protéger leurs victimes.

Deuxième type de réactions, celles des pragmatiques, comme le principal intéressé des récents incidents, Michel Destot, comme André Vallini ou encore François Rebsamen. Soucieux d’afficher leur volonté de prendre l’insécurité à bras-le-corps, ils tombent dans l’excès inverse, la présentant comme un problème dépassant le clivage droite-gauche, et nécessitant une grande réflexion nationale, voire un Grenelle. Là encore, aussi sensée que puisse être cette analyse, force est de constater que non seulement la droite n’a aucun scrupule à instrumentaliser les violences contre la gauche (et que toute perspective de débat honnête est vouée à l’échec), mais que plus encore il existe bien un clivage droite-gauche sur ce sujet, ne serait-ce qu’au sujet de l’usage de la police dans les quartiers (police de proximité ou envoi de CRS quand la situation devient incontrôlable ?).

Troisième type de réactions, les « on ne nous la fait pas ». Autrement dit une sorte de méta-discours sur la situation, consistant à disserter sur le fait que Sarkozy construit un rideau de fumée, pour détourner l’attention des affaires ou de l’échec de son mandat. Tout ceci est encore absolument vrai : mais on attend moins de l’opposition une fonction de commentateur politique que la production d’un projet alternatif.


On sent bien que chacun de ces discours contient sa part de légitimité ou d’efficacité, mais qu’il manque encore une approche qui les combine et les dépasse. Une telle approche devrait absolument prendre en compte plusieurs paramètres.

Premièrement, l’amalgame Sarkozy-FN omet de tenir compte du détail et de l’habileté de la rhétorique sarkozienne. Chaque sortie du président ou de son entourage sur la sécurité répond à un événement à forte portée symbolique, et qui a probablement marqué voire traumatisé le pays. Le discours sur les Roms suit une attaque à visage découvert, en plein jour, d’une gendarmerie. Le discours grenoblois suit des émeutes violentes provoquées non par la mort d’un innocent, mais d’un braqueur, ainsi que l’information largement relayée de « contrats » circulant sur les policiers responsables de sa mort. Nous sommes donc à chaque fois dans une logique de loi du talion qui incarne une certaine forme de justice. Bien sûr, cette « justice » n’en est pas une aux oreilles de progressistes et à plus forte raison de militants de gauche ; mais rien ne dit qu’il en est de même pour l’électorat de droite, ou pour des citoyens moins engagés politiquement. En conséquence, dénoncer le fascisme rampant sans pédagogie supplémentaire, ni contre-propositions solides, revient en quelque sorte à dénoncer la justice, sans proposer une autre forme d’ordre républicain à la place.

Deuxièmement, toute proposition n’est pas adaptée à toute situation. Depuis quelques semaines, l’insécurité vit médiatiquement au rythme de faits-divers aussi horribles que réguliers, là où en 2002 le fameux Papy Voise était justement d’autant plus important qu’il était unique. Agressions dans les parcs d’attractions, policiers systématiquement pris pour cible, viol sur une plage … L’actualité ressemble à la une du Nouveau Détective. Ces incidents sanglants provoquent une émotion instantanée et appellent une réponse qui, au moins pour partie, tienne compte de cette instantanéité. Le déploiement annoncé avec un langage martial de lourds effectifs policiers sur le lieu du crime répond à cette attente. En revanche, expliquer que l’on va effecteur un travail de longue haleine sur le contexte social, éducatif, économique … donne à l’inverse le sentiment d’un laxisme et d’une absence de réponse au traumatisme immédiat. Ce n’est pas une question de logique ou de raison – tout le monde peut comprendre, en prenant le temps de la réflexion, que l’envoi du GIGN à chaque émeute n’est pas une solution durable – mais d’émotion. Or toutes ces agressions largement reprises dans les médias jouent sur l’émotion. A ne pas le prendre en compte, ou à simplement le dénoncer avec les méta-discours que j’évoquais plus haut, la gauche se tire une balle dans le pied.

Troisièmement, le retour au passé n’est pas un projet. Les responsables socialistes aiment à rappeler combien la police de proximité de l’époque Jospin aurait empêché les dérives actuelles. C’est sans doute au moins en partie vrai, et cette forme de police fonde notre identité en matière de sécurité. Mais on ne peut pas se contenter de chanter les louanges d’une époque révolue, à l’issue de laquelle, faut-il le rappeler, nous avons été sanctionnés par notre propre électorat. Il faut « reformater » cette proposition, et surtout l’accompagner d’autres mesures inventives et à même de frapper l’opinion, comme celles de Ségolène Royal en 2006 sur les jeunes délinquants, qui avaient contribué à forger son image positive.


Ces paramètres étant pris en compte, l’opposition et le PS, qui en est le parti le plus crédible sur les questions de sécurité, pourraient repartir à l’offensive et faire de ce thème un terrain difficile pour Sarkozy. Quelques initiatives simples nous permettraient de reprendre la main. Réaliser et distribuer massivement à la rentrée de septembre un document compilant le vrai bilan de Sarkozy sur la sécurité ; inflation législative, baisses des moyens et des effectifs sur le terrain … En bref, montrer que c’est lui qui est laxiste, lui qui parle plus qu’il n’agit, et mettre en regard un plan socialiste contre les violences. L’infographie réalisée au sujet de Grenoble montre la voie, mais doit être étendue à l’ensemble de la politique du ministre de l’Intérieur puis président. S’interdire parallèlement d’employer à longueur de communiqués des termes comme « ignoble », « stigmatiser », et autres « bafouer l’humanisme », qui se perdent dans le brouhaha ambiant sans convaincre personne. Un reportage vidéo interviewant les maires et élus socialistes obtenant de vrais résultats sur le terrain pourrait être simultanément diffusé sur Internet. Enfin, montrer que la sécurité est devenue une vraie priorité pour le PS, en lui attribuant dans la vie interne du parti, non pas un « forum des idées », petit colloque de spécialistes, mais une vraie convention nationale associant tous les militants, comme celles qui ont déjà eu lieu sur l’économie et la rénovation. L’angle en serait simple : « la sécurité, un bien républicain pour tous », à la différence du traitement qu’en fait l’UMP, qui abandonne les plus pauvres et privatise progressivement ce secteur.


Le Parti socialiste détient probablement entre ses mains tous les éléments pour faire de la sécurité un axe de combat victorieux contre Sarkozy. Mais la plus grande réussite de ce dernier est probablement, pour le moment, de faire déraisonner et d’anesthésier le premier parti de l’opposition, et de le pousser à se réduire à sa caricature de rassemblement de bobos “droitsdelhommistes”. Trop souvent entend-on encore dans les réunions de section que “la sécurité est un thème de droite et qu’on ne gagne pas là-dessus”. L’heure est venue d’oublier une bonne fois pour toutes ce complexe d’infériorité.


Romain Pigenel sur Variae

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 22:23

 

La droite antIsociale nouveau cache-misère idéologique du sarkozysme ?


L'UMP veut s'adresser aux classes moyennes. Exit les classes populaires, que le candidat Sarkozy avait su convaincre en 2007. Ce glissement est surtout la preuve de l'échec sarkozyen à réaliser ses promesses.

Retraites, réforme exemplaire

 
Jusqu'au dernier jour, le 15 juin prochain quand il dévoilera les contours de sa réforme, Eric Woerth est intervenu dans les médias... pour ne rien dire, rien confirmer, alors que les fuites opportunes se multiplient dans les médias. Mercredi et jeudi, il a annoncé vouloir mobiliser les sommes du Fonds de réserve, constitué sous Lionel Jospin. Il s'est surtout limité à des généralités sur l'alignement des cotisations vieillesse entre les secteurs public et privé. Quant à la contribution exceptionnelle et provisoire des hauts revenus, motus et bouche cousue.  On sait qu'elle ne concernera que les très hauts revenus, et de façon marginale et temporaire.

 Les efforts de Laurent Wauquiez pour épargner les classes moyennes n'ont pas été vains: «le problème, c'est que, depuis une vingtaine d'années, les plus riches ont profité de la mondialisation et les plus pauvres ont bénéficié très fortement du système social : les perdants, ce sont les classes moyennes.» expliquait-il aux Echos mardi 8 juin. Le clivage a été bien trouvé : le gouvernement s'est attaché à segmenter les classes sociales, plutôt que les revenus (capital, travail). Le travail contribue beaucoup plus que la rente. Les grands perdants sont les classes populaires. Et pas que pour les retraites...

L'échec social de Sarkozy

 
En 2007, le candidat Sarkozy avait porté haut les couleurs du travail et de la sécurité. L'ouvrier de Lorraine était devenu l'une des icônes de cette France qui se lève tôt célébrée par le futur Monarque. A l'été 2007, la fameuse loi Tepa traduisait en actes la promesse du Travailler Plus (avec la défiscalisation partielle des heures supplémentaires) et de la France propriétaire (avec celle des intérêts d'emprunt immobilier). Trois ans plus tard, ces deux mesures n'ont servi à rien, et la France populaire en a surtout retenu l'inique bouclier fiscal abaissé à 50% et la quasi-exonération des droits de succession pour les hauts revenus. La crise immobilière, le durcissement des conditions de crédit et la pénurie de logement ont eu raison de l'efficacité des ambitions sarkozyennes en matière d'accession populaire à la propriété. Le chômage a explosé, la précarisation des ménages modestes, accélérée par la crise et une politique antisociale a consacré le divorce de Nicolas Sarkozy avec les ménages modestes. Quant à la lutte contre l'insécurité, l'échec de Nicolas Sarkozy est si patent que son gouvernement se réfugie désormais derrière des faits divers anecdotiques (polygamie, etc).


Pour 2012, certains à droite s'imaginent donc qu'il vaut mieux cibler les classes moyennes. Il y a quatre raisons à cela.

Premièrement, la peur du déclassement inquiète nombre de ménages moyens. La mondialisation, le non-emploi, les déficits, la dégradation des régimes sociaux sont autant de menaces et/ou difficultés effectives et anxiogènes. Laurent Wauquiez reprend là un constat partagé.

Deuxièmement, c'est l'aveu d'un lâchage des classes populaires de la part de Nicolas Sarkozy. Il a échoué sur le travail. Les réformes majeures de Nicolas Sarkozy menacent et affectent en premier lieu les ménages modestes : l'allongement de la durée d'activité pour financer les retraites touchera durement celles et ceux qui ont travaillé jeune. Les déremboursements médicaux et l'affaiblissement des services publics de l'éducation ou de la police (à cause de la réduction des effectifs depuis 2007) concernent également au premier chef les classes modestes.

Troisième raison à ce recentrage vers les classes moyennes, elles constituent aussi le socle électoral du parti socialiste, alors que le Front National a récupéré une partie de son électorat populaire. C'est de bonne guerre, mais c'est aussi et surtout le signe d'une inquiétude sarkozyenne : sa base électorale ne peut se réduire à quelques centaines de milliers de contribuables aisés.

Quatrième et dernier motif, il est plus facile de défendre les plus fortunés en défendant les classes moyennes, notamment sur le sulfureux sujet de la fiscalité du capital. Sarkozy n'a pas réussi à faire rêver les plus pauvres au rêve américain version Sarkofrance, le voici qu'il devrait viser «plus haut» ou plutôt «plus riche». Le contraste est saisissant avec la démarche de Martine Aubry, qui cherche à vulgariser sa théorie sur la société du «care», plus large, plus ouvert, moins clivant.

Laurent Wauquiez, droite sociale, ou droite médiocre ?

 
Evidemment, Laurent Wauquiez, comme d'autres supporteurs de la «droite sociale», avancent d'autres préoccupations. Ainsi, mardi dernier, le secrétaire d'Etat à l'Emploi mettait en valeur deux mesures phares pour revaloriser les classes moyennes: le financement des études de leurs enfants (à l'aide de prêts à coûts réduits et aménageables dans la durée) et l'accession à la propriété. Il pratique également bien la langue de bois : «J'ai la conviction qu'il n'y aura pas de sortie de crise s'il n'y a pas sortie de crise pour les classes moyennes.» Le constat est évident. On sait bien que la sortie de crise ne reposera pas sur quelques protégés du bouclier fiscale.

Sa définition des classes moyennes est également troublante: «Elle est double. Il y a d'abord le revenu du foyer, compris entre 1.400 et 4.500 euros net, qui les oblige à compter chaque mois. Mais il y a aussi un sentiment et des valeurs : l'espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants, l'attachement au travail et à l'effort.» Laurent Wauquiez voulait-il dire que les ménages modestes et les hauts revenus n'ont ni espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants, ni attachement au travail et à l'effort ? Laurent Wauquiez est coutumier de ces approximations sémantiques ou théoriques.

Wauquiez avance que les très riches ont profité de la mondialisation tandis que « les plus pauvres ont bénéficié très fortement du système social». Sacrés profiteurs ! Ces derniers sont prévenus. Retraite, assurance maladie, école, la menace sur les «acquis sociaux» et les services publics est générale.

Jeudi, en visitant un chantier de travaux publics avec son ministre de tutelle, Laurent Wauquiez a encore lâché une formule dont il a le secret: «Augmenter l'âge de départ à la retraite, c'est avant tout créer les conditions du maintien ou du retour à l'emploi pour les seniors.» C'est presque une tautologie. Son argument est qu'en reculant l'âge de départ à la retraite, les seniors seront contraints de travailler plus longtemps... ou de pointer au chômage. Le 1er juin dernier, le même Wauquiez n'hésitait pas à s'exclamer que «les seniors coûtent trop chers.» Puis il confirmait la volonté du gouvernement de supprimer la dispense de recherche d'emploi dont bénéficient les préretraités de 58 ans et plus. L'arguemnt est cocasse : cette dispense serait injuste ! «Ce dispositif injuste s’éteindra progressivement d’ici 2012Pire, le secrétaire d'emploi a même annoncé que pôle emploi se passera de renforts en 2011. Le chômage a-t-il a ce point baissé en 2010 ?

La messe est dite. Cette droite se veut sociale jusqu'aux portes d'un pôle emploi surchargé. Au-delà, circulez, y a rien à voir !

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Sur Sarkofrance



 

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /Juin /2010 08:01

 

Pour un printemps des primaires

 

julien-dray-photo.jpgLe projet de primaires du parti socialiste soulève beaucoup d’espoirs. Même si les informations qui me parvenaient ces derniers mois de la commission chargée de son élaboration suscitaient en moi quelques réserves, j’avais décidé de les passer sous silence, ne voulant pas troubler la quasi unanimité au sein du PS sur ce point. Mais ce que nous avons appris cette semaine – que ni le MRC, ni le PRG ne vont probablement prendre part à leur organisation, sans parler des autres partis plus éloignés de nous – m’a convaincu de prendre la parole, surtout que les raisons invoquées par ces formations rejoignent mes propres remarques. On nous avait promis des primaires de toute la gauche, massives et populaires ; nous nous dirigeons vers la désignation du seul candidat socialiste par les militants et des sympathisants. Si cette configuration se confirme, elle risque d’être insuffisante pour répondre aux enjeux de 2012.

 

Nous aurions tort de croire que la victoire à la prochaine présidentielle est mécaniquement acquise à la gauche, et donc au PS. La droite aura pour très probable candidat le président sortant – depuis maintenant 30 ans, chaque occupant de l’Elysée a pu faire un second mandat. Ce candidat s’appuiera sur des moyens économiques considérables, sur les soutiens médiatiques que l’on a déjà vus à l’œuvre, et sur l’appareil d’Etat. Il aura conservé la confiance de son camp s’il continue à défendre le bouclier fiscal, et il cherchera sans doute à incarner le mouvement, la dynamique, tout en nous enfermant dans le rôle de défenseurs d’acquis sociaux archaïques.

 

La gauche ne part donc pas comme favori. Elle a un seul atout-maître – si elle parvient à le mobiliser – le peuple. Une gauche victorieuse en 2012 sera populaire, ou ne sera pas. La mobilisation populaire sera permise, ultimement, par l’adéquation entre le projet socialiste et les aspirations des couches moyennes et populaires ; mais elle sera conditionnée, au départ, par la capacité du PS à associer ces Français, et tous les partis de gauche, au choix et à la construction de la meilleure candidature pour battre la droite. C’est ce que doit permettre le système des primaires, tel que je le défends depuis plus de 10 ans.

 

Ces primaires seront réussies si elles passionnent l’opinion publique, et font des Français qui y participent des acteurs profondément impliqués dans ce processus, et désireux ensuite de porter et défendre le candidat qu’ils auront contribué à sélectionner.

 

Pour réussir cette mobilisation, le facteur temps est crucial. Des primaires trop courtes ne laisseront pas le temps aux Français de s’y intéresser et de s’en emparer. Elles leur en donneront d’autant moins envie qu’elles ne laisseront pas assez d’espace à des candidatures émergentes pour se faire connaître et se construire : une période de débats limitée ne fera qu’inscrire dans le marbre l’état initial de l’opinion. Des primaires brèves seront des primaires de confirmation de ce que diront alors les sondages. Est-ce pour autant une garantie de victoire ? Loin s’en faut ; l’expérience récente nous le prouve. Les sondages passent, les Français restent. Ceux-là mêmes qui auront ratifié une candidature « évidente » seront peut-être les premiers à s’en lasser, s’ils ne lui sont pas intimement liés et associés. Les primaires ne sont utiles que comme instrument de transformation de l’opinion. Si elles n’en deviennent que la traduction éphémère, elles n’auront servi à rien.

 

La durée n’est pas la seule donnée fondamentale : la date est également essentielle. Des primaires tardives ne laisseront pas assez de temps à leur vainqueur pour unifier le parti et la gauche derrière lui, et s’inscrire dans le paysage politique comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy. Là encore, l’expérience de 2006, comme celle de François Mitterrand, parle pour elle. Si le candidat est désigné avant l’été 2011, il aura tout le temps de développer sa campagne parallèlement à celle de l’actuel président. Il ou elle pourra même mener la gauche à la bataille des sénatoriales en septembre, et partir à la présidentielle adossé à cette possible victoire. Inversement, une désignation automnale, remisée à l’après-sénatoriales, verra le PS et ses partenaires, une fois de plus, se mettre laborieusement en ordre de marche alors que le président de la République labourera déjà le pays.

 

Le projet de primaires actuellement discuté au sein du Parti socialiste prône, au contraire de cette analyse, un processus court et tardif. Il a découragé jusqu’à nos fidèles alliés du MRC et du PRG, qui avaient pourtant directement rejoint notre candidate en 2006. On peut les comprendre : des primaires brèves et tardives, des primaires de « confirmation », peu compétitives, destinées à jouer un scénario écrit d’avance, ne peuvent présenter un sérieux attrait pour eux. Elles se résumeront, en fait, à une désignation du candidat socialiste amplifiée de quelques dizaines de milliers de sympathisants – ceux-là mêmes, probablement, qui nous avaient rejoints en 2006 avant de s’éloigner de nous. Pour mobiliser très largement les classes moyennes et populaires, pour leur permettre de s’approprier un candidat qui soit vraiment le leur, et qu’elles soutiennent une année durant, nous avons besoin de primaires au printemps 2011, de primaires suffisamment longues et ouvertes pour signifier aux Français, et à nos partenaires, que le jeu en vaut vraiment la chandelle.

 

 

Julien DRAY sur son blog

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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