France Info a obtenu mardi de la part de la
procureure de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry, une information qui met à mal les accusations lancées par le maire UMP de Franconville, Francis Delattre, et Sébastien Meurant, édile de
Saint-Leu-la-Forêt, à l’encontre d’Ali Soumaré, tête de liste PS dans le Val-d’Oise : deux des cinq condamnations imputées par l’édile UMP au candidat socialiste sont fausses.
Le communiqué de Francis Delattre évoquait notamment une affaire de vol aggravé avec violences et usage de carte de paiement frauduleuse. Ces faits, commis en 2004 et jugés en 2007, auraient valu, toujours selon le maire UMP de Franconville, quatre-vingts heures de travail d’intérêt général à Ali Soumaré.
La peine, rétrospectivement, paraissait bien faible au regard du délit. Normal, explique la procureure : il s’agissait d’un jugement du tribunal pour enfants.“Il ne concerne pas Ali Soumaré, qui est né le 25 décembre 1980″, assure-t-elle, parlant d’un “problème d’homonymie”. En recherchant dans les Pages blanches, on trouve pas moins de neuf Ali Soumaré pour la seule région Ile-de-France.
Toujours selon la procureure, interrogée par l’agence Reuters, une autre accusation, pour conduite sans permis en mai 2009 et qui aurait, selon le communiqué de l’UMP, donné lieu à une ordonnance pénale, n’existe tout simplement pas. Pour l’instant du moins. “Le dossier pour conduite sans permis (…) est en cours de traitement au parquet et aucune ordonnance pénale n’a été rendue à l’encontre de M. Soumaré”, assure Mme de Givry.
Un jugement qui n’aurait pas dû être divulgué
Ces faits posent une autre question, évoquée plus tôt sur ce blog : comment Francis Delattre et son équipe sont entrés en possession des informations sur Ali Soumaré ? L’équipe du maire de Franconville assurait jusqu’ici qu’elle les avait obtenues comme tout citoyen pourrait le faire, en les demandant au greffe.
Mais les jugements du tribunal pour enfants ne sont jamais rendus publics. Il est donc impossible, à moins d’une grave négligence, que le greffe leur ait fourni le compte rendu de l’audience d’un mineur. Ce qui tend à décrédibiliser la manière dont le reste des informations a été collectée.
Ali Soumaré a reconnu deux condamnations, l’une en 1999 pour vol aggravé, l’autre en 2009 pour rébellion. Il niait les trois autres. La procureure de Pontoise vient de lui donner raison sur deux des cas. Il reste une accusation : des “violences” qui auraient abouti à une “transaction judiciaire” (qui n’est normalement pas publique).
Plainte pour “violation du secret professionnel”
Interrogé par Le Monde.fr, Me Jean-Pierre Mignard, avocat d’Ali Soumaré, remercie “Mme la procureure pour sa loyauté à rétablir la vérité judiciaire”. “Cela confirme que nous sommes aux antipodes du cas de récidive et qu’Ali Soumaré n’est certainement pas le délinquant chevronné présenté par les maires enquêteurs.”
Il compte désormais porter plainte contre Francis Delattre pour trois motifs : “Atteinte à la présomption d’innocence pour avoir évoqué des affaires en cours comme jugées”, “diffamation pour avoir attribué à M. Soumaré une condamnation qui n’existe pas”, et “atteinte au secret professionnel” pour avoir eu connaissance de ce jugement d’un mineur.
Dans un communiqué, les deux maires UMP persistent et signent. Ils disent confirmer “quatre des cinq condamnations et décisions de justice”. Ils mentionnent les noms des victimes de “violence aux personnes” qu’ils imputent à Ali Soumaré, évoquent le fait que ce dernier “ne se déplace qu’avec un chauffeur”, ce qui suffit selon eux à prouver que son permis lui a bien été retiré. Ils estiment en outre que la dernière affaire en date, le cas de “rébellion” commis fin 2009, est “une condamnation, devenue définitive faute d’appel, de deux mois ferme”.
Discrète jusqu’ici, Martine Aubry
a soutenu Ali Soumaré lundi. L’affaire semble désormais se retourner contre l’UMP, divisée sur la question. Ecarté des listes de Valérie Pécresse, le maire du Raincy (93), Eric Raoult, a jugé
que la polémique autour d’Ali Soumaré était “une redoutable erreur”, “une bêtise”.
“Etre à droite, c’est répondre à des valeurs”, estime l’élu, jugeant qu’“on est plus sur un ring de boxe que sur une arène politique”. “Si on veut un réflexe anti-droite sur la couleur
de peau, on ne fait pas mieux”, conclut-il.
Invitée à un forum-débat organisé par Sciences Po sur les régionales, Valérie Pécresse a lâché : “Francis Delattre, maire de Franconville, ne fait pas partie de l’équipe de campagne”, selon plusieurs participants présents sur place. “Si elle fait des excuses publiques, elle se grandira, si elle ne le fait pas, elle ne se grandira pas”, a lancé Jean-Paul Huchon sur France Info.
Samuel Laurent sur Le Monde.fr
Photo : la procureure de la République de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry (Photo AFP)
Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander


