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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 17:51

 

Jean-Jacques Urvoas promet une mini-révolution au ministère de l’Intérieur

 

Jean-Jacques Urvoas est député de Quimper (élu en 2007) et secrétaire national chargé de la sécurité au sein du Parti socialiste, depuis mai 2009. Quelles que soient les opinions politiques de chacun, force est de reconnaître que, en deux ans, cet ancien universitaire a travaillé comme aucun responsable politique avant lui. De fait, le livre qu’il vient de publier aux éditions Fayard (11 propositions chocs pour rétablir la sécurité, préface de Pierre Joxe) n’a rien à voir avec les exercices du genre habituels en politique, consistant simplement à afficher une posture politico-médiatique sans connaître réellement les dossiers. Dans ce livre, M. Urvoas explique dans le détail ce qu’il a appris en deux ans de travail, ce qu’il en a conclut et donc ce qu’il aimerait faire s’il était demain aux responsabilités, quitte à bouleverser beaucoup d'habitudes. Encore une fois, la chose est tellement rare qu’elle mérite d’être prise très au sérieux et discutée en détail, que ce soit pour appuyer ses propositions ou pour les critiquer. On en donnera simplement ici un aperçu général.

 

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"11propositions chocs pour rétablir la sécurité " Jean-Jacques URVOAS 168 pp Edition Fayard Collection  août 2011

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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 09:35

 

A un mois d'une élection devant désigner le candidat du PS et du PRG, le dernier livre de Frédéric Lefebvre considère l'organisation des primaires plus comme un symptôme que comme "une avancée démocratique", un tournant dans l'histoire du parti lié à la redéfinition du militantisme désormais assigné à "un rôle électoral", également au fait que "le candidat investi par une base électorale, élargie bien au-delà du cercle militant sera, s'il est victorieux à l'élection présidentielle, affranchi à l'égard de son parti, et donc d'autant plus enclin à s'émanciper de la loyauté partisane dans l'exercice du pouvoir"

D'où la question centrale qui est de savoir si ces primaires consacreront la présidentialisation d'un système politique  en affaiblissant d'autant une légitimité militante incapable de se rénover avec le temps qui passe.

 

" Les primaires socialistes : La fin du parti militant " Remi Lefebvre. Raisons d'agir 172 pp août 2011

 

REMI-LEFEBVRE--copie-2.jpg

 

 

Rémi Lefebvre est :


 Professeur de sciences politiques à l’université de Lille 2
Chercheur au CERAPS (Lille 2)
Président de la section de science politique de Lille 2
Responsable de la spécialité du master action publique locale Communication
et concertation
Responsable du master recherche
Membre du conseil d’administration de l’Institut d’Etudes politiques de Lille
Membre du conseil de faculté, Lille 2
Responsable de l’ANR Parthage

 

Ses principaux ouvrages :

 

"Mots, les languages du politique" ENS-LSH  n°77 mars 2005

"La proximité en politique. Usages, réthoriques, pratiques" Presse universitaire Rennes 2005    

"La société des socialistes - Le PS aujourdh'ui "  En collaboration avec Frédéric Sawicki. Du croquant. 2006  

"Les partis politiques à l'épreuve des procédures délibératives"  Presse universitaire Rennes. 2009

"Leçon d'introduction à la science politique" Ellipses 2010

"Parti socialiste - Dévérouiller le parti ou le liquider ?" Raisons d'agir  août 2011


 


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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 12:25

 

Du « déni des cultures » à la méconnaissance de l'immigration africaine

27 05 2011

Image_livre_de_l__afrique_a_la_France.gifDans un livre très médiatisé fin 2010 - le « déni des cultures » - le chercheur Hugues Lagrange analysait l’échec scolaire et la délinquance des enfants de migrants sahéliens résidant dans des ZUS en réclamant que l'on considère l’origine ethnoculturelle comme une variable en soi, indépendante des discriminations et des variables socioéconomiques et résidentielles. Pour cela, il mettait en avant le fonctionnement des familles de migrants sahéliens : la différence d’âge entre père et mère, la polygamie, le patriarcat, un autoritarisme qui disqualifierait les femmes tout en produisant des garçons tous puissants. Un dossier a déjà été consacré sur ce site à la critique de ce livre. Mais deux publications scientifiques viennent aujourd'hui conforter les fortes réserves déjà exprimées sur la valeur et la portée des analyses de notre collègue.


La première est la parution d'un livre dirigé par l'anthropologue Jacques Barou, spécialiste des études africaines et des migrations internationales : De l'Afrique à la France. D'une génération à l'autre (Armand Colin, 2011). Si l'essentiel du livre est occupé par le compte rendu d'une enquête qualitative par entretiens approfondis, Jacques Barou rappelle aussi dans le premier chapitre un certain nombre de données de cadrage qui donnent au final une image bien différente de l'immigration africaine subsaharienne. Certes, il s'agit bien d'une immigration marquée par le poids plus important des familles monoparentales et par le nombre des enfants. Cependant, l'on comprend aussi qu'une double réduction a été opérée en réalité par H. Lagrange. Réduction géographique d'abord : cette immigration est tout particulièrement concentrée dans la région parisienne, tandis qu'elle est marginale voire quasi absente dans la plupart des autres régions. Réduction sociale ensuite : cette immigration n'est pas principalement celle de paysans illettrés polygames habitant une ZUS et devenus chômeurs (pour dire les choses). On y rencontre en effet chez les adultes un niveau de diplôme supérieur à celui des autres immigrations, de même qu'un niveau d'activité un peu supérieur, en particulier chez les femmes. Il s'agit donc d'une immigration plurielle, complexe, trop souvent caricaturée.

Image_sociologie_3.jpgLa seconde publication est la parution d'un compte rendu très détaillé du livre de Hugues Lagrange par Marwan Mohammed et Marion Selz, également chercheurs au CNRS. Dans cet article de la revue Sociologie, les auteurs soulignent que la thèse familiale de Lagrange est affirmée mais n'est pas démontrée : « on ne voit pas, en effet, comment il est possible de développer un raisonnement aussi fort et tranché sur le culturel et l’intrafamilial sans l’observer et l’interroger directement. La socialisation familiale est au centre de l’analyse mais à la périphérie de l’observation, les effets de l’origine sont déduits à défaut d’être décrits ». En d'autres termes, le sociologue a raisonné par simple déduction, il n'a en réalité mené aucune enquête de terrain auprès de ces familles qu'il suppose « écrasées par la culture et la religion ». Et les auteurs montrent qu'il est ainsi passé à côté de ce que révèle l'observation réelle des familles, à savoir la grande diversité des configurations familiales, le poids déterminant non pas de leurs formes conjugales mais de leurs ambiances familiales réelles (conflictuelles ou non), ainsi bien sur que le poids de la taille des fratries. Les auteurs rappellent enfin très justement à ce propos que si les familles nombreuses sont souvent un handicap dans la compétition scolaire, cela n'est pas nouveau et pas propre aux migrants sahéliens ou d'ailleurs, les études des années 1960 le montraient déjà au temps des « Blousons noirs » la plupart bien blancs de peau...
En conclusion de leur texte, Marwan Mohammed et Marion Selz insistent fort justement sur la réification du « facteur ethnoculturel » dans le travail de Lagrange : « Pour finir, cet ouvrage peut susciter un danger de réification de la société d’origine mise au service de politiques d’exclusion et non pas d’intégration pour lesquelles il semble plaider. Le texte grouille de catégories – "les Asiatiques", les "Maghrébins", la "morale confucéenne", les "natifs", les "autochtones", le "courant central de la société", "l’Islam" ou les "musulmans", les "Africains", les "peuples de la forêt" ou les "peuples du Sahel", etc. – désignant des populations définies avant tout par leur culture et leurs systèmes de parenté. Etant donné qu’il insiste sur la centralité de la relation entre les migrants d’origine et les autochtones, il y a un risque de provoquer dans la société d’accueil des conséquences exactement opposées à l’objectif pour lequel ce livre a sans doute été écrit. En creux, cela pose une autre question. Pourquoi lier les origines culturelles aux déviances (et plus largement à l’action sociale) uniquement lorsqu’il s’agit des minorités les plus stigmatisées ? Il ne viendrait à l’esprit d’aucun chercheur d’interpréter la délinquance des élites ou bien la vulnérabilité du "quart-monde blanc" des cités, en mobilisant leur culture ou leur ethnicité. Les majoritaires n’ont-ils pas de culture socialement "active" ? ». On ne saurait mieux dire.


Laurent Mucchielli sur Délinquance, justice et autres questions de société

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