Quel financement des retraites ?
Face à l'augmentation de l'espérance de vie une réforme profonde du financement des retraites est certainement indispensable.
Pour rétablir l'équilibre de tout régime de retraite trois leviers peuvent être mis en œuvre : allonger la durée de cotisation, baisser les pensions, augmenter les cotisations.
Depuis le début des réformes en 1993 jusqu'à cette réforme de 2010 ce troisième levier que constitue l'augmentation des cotisations n'a jamais été utilisé ni même seulement évoqué.
C'est un sujet tabou car il pose, à lui seul, la question du partage des richesses, d'un rééquilibrage du rapport entre salaires et dividendes.
En effet, selon l'INSEE, la part des profits des entreprises consacrée aux salaires est passée 75,6% de la valeur ajoutée en 1982 à 67,8% en 2006 pendant que la part consacrée aux dividendes versés aux actionnaires passait de 5% en 1985 à 25% en 2010.
C'est bien là que se situe le nœud de la question du financement des retraites et non dans la démographie. Comment expliquer autrement que la part des dépenses de retraite dans le PIB (Produit Intérieur Brut) est passée de 5,4% en 1959 à 10,3% en 1980 et à 12,6% en 2000 sans que ne s'effondre l'économie ni ne baisse le pouvoir d'achat des actifs comme des retraités.
C'est dans le cadre de ce rééquilibrage entre salaires et dividendes que peut être envisagée une augmentation des cotisations de retraite. Selon le COR (Conseil d'Orientation des Retraites) il suffirait d'augmenter de 0,26% par an les cotisations pour parvenir à l'équilibre sur le long terme et de 0,37% pour revenir sur les réformes de 1993 et 2003.
Contrairement à ce qui nous est régulièrement asséné, ce rééquilibrage pris sur les dividendes versés aux actionnaires n'aurait aucune incidence sur la compétitivité des entreprises puisque l'on ne toucherait pas à leur capacité d'investissement.
Plusieurs autres pistes peuvent être envisagées :
étendre l'assiette des cotisations à toutes les rémunérations, abandonner les exonérations de cotisations, faire cotiser les revenus financiers des entreprises et surtout développer une véritable politique de l'emploi et des salaires.
A entendre les tenants de la réforme, l'augmentation du nombre de retraités et la dégradation du rapport actifs/retraités mèneraient à la catastrophe financière mais ils oublient, curieusement, de signaler qu'avec une croissance moyenne de 2% l'an le PIB aura doublé d'ici 2050 passant de 2 000 milliards € à 4 000 milliards € et qu'il n'y aurait rien d'anormal à ce qu'une part de cette nouvelle richesse créée soit consacrée aux retraites.
Selon le COR il suffirait de consacrer 1,9% du PIB en plus pour financer les retraites et 4% à 6% pour revenir à la situation d'avant 1993. Rappelons simplement qu'un point de PIB (20 milliards en 2010) c'est moins de 10% des dividendes payés aux actionnaires chaque anné.
Michel Salingue sur Miroir Social
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