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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 22:31

Chercheurs et ingénieurs fonctionnaires sont-ils en voie de disparition ? 

Les nanotechnologies et leur impact sur la santé, les voitures électriques et les agro-carburants de deuxième génération, la pollution par les pesticides et la maîtrise de l’irrigation pour l’agriculture, sont autant de sujets d’actualité qui préoccupent aussi bien les citoyens que les élus. Tous les principaux partis démocratiques sont favorables à une évolution des comportements d’une part et au développement de nouvelles technologies d’autre part pour faire émerger une croissance verte. La recherche, l’innovation et l’ingénierie publiques sont des composantes essentielles pour réorienter le tissu industriel. Pourtant le gouvernement est très loin de soutenir la recherche et l’ingénierie publiques. Au contraire la réduction des effectifs de la fonction publique tend à restreindre le nombre de chercheurs, d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers spécialisés dans les laboratoires et les centres d’études. Chercheurs et ingénieurs fonctionnaires sont-ils par conséquent en voie de disparition ? 

La volonté  du gouvernement d’investir dans la recherche et les nouvelles technologies est en contradiction avec le démantèlement du CNRS et des centres d’études techniques de l’Etat. Aujourd’hui, un jeune docteur doit souvent, après huit années d’études ou plus, cumuler des post-docs d’un à deux ans dans les universités françaises et des emplois à statuts précaires. Les contrats des jeunes chercheurs doivent-ils être à durée déterminée ? En Allemagne, il n’est pas rare de voir des chercheurs avec des contrats précaires jusqu’à l’âge de 40 ans avant d’obtenir un statut plus stable. En conséquence, les chercheurs allemands partent souvent travailler à l’étranger. Peut-on se passer d’un effort de recherche public pour développer et accompagner la mise en place de nouvelles technologies ? Les entreprises participent certes à l’effort de recherche en développant des véhicules électriques, des panneaux photovoltaïques et des matériaux innovants pour l’isolation des bâtiments. Cependant les entreprises n’ont pas toujours les moyens pour approfondir certains sujets et pour porter leurs efforts de recherche à un niveau plus fondamental. 

Ayant travaillé  sur des projets en partenariat avec des laboratoires publics, des centres d’études et des entreprises privées dans le domaine de la mesure des pollutions des cours d’eau, je pense que cette complémentarité est souhaitable dans le domaine des nouvelles technologies et du développement durable. Pourtant le gouvernement ne donne pas les moyens en capital humain pour réaliser ce type de projet. Les efforts financiers portent essentiellement sur l’investissement en matériel. En chimie de l’eau, les appareils de mesure sont en effet souvent très onéreux, mais ils nécessitent aussi du personnel ouvrier, technicien et ingénieur pour en assurer le fonctionnement et la maintenance. Refuser d’investir dans le capital humain, c’est réduire la rentabilité de l’investissement matériel. Or en modifiant les structures de recherche et en les délocalisant, le gouvernement cherche à les affaiblir.

 


Je prends l’exemple du Service d’Etude sur les Transports, les Routes et leur Aménagement. A l’heure d’une réflexion sur de nouveaux modes de déplacement, l’Etat a intérêt à soutenir ce genre de centres de recherche. Il est actuellement situé à Bagneux dans la banlieue parisienne et doit déménager. La réforme de la carte militaire a conduit à la fermeture de la caserne de Sourdun, petite bourgade de Seine-et-Marne, légèrement au Sud de Provins. La gare la plus proche est un peu plus loin à Longueville, puisque Provins n’a pas de gare pour des raisons historiques. Le Président de la République avait déclaré que l’Armée n’avait pas vocation à faire de l’aménagement du territoire. A l’heure où tout le monde défend l’idée de grand campus internationaux avec des universités, des centres de recherche et des entreprises, le gouvernement veut délocaliser un centre d’étude aux confins de l’Ile-de-France. Non seulement le SETRA ne bénéficiera pas d’un environnement favorable aux synergies, mais en plus il perdra de son attractivité auprès des chercheurs et des ingénieurs. L’objectif du gouvernement est clair et vise à fermer ce centre d’étude en le délocalisant.Par conséquent, il me semble indispensable d’investir dans la recherche et l’ingénierie publiques tant d’un point de vue matériel qu’humain. Le pays a besoin d’ingénieurs et de chercheurs de la fonction publique pour développer, mettre en place, évaluer l’impact et établir la législation des nouvelles technologies et des technologies vertes. L’objectif d’investir dans la recherche et de soutenir l’ingénierie publique est donc en contradiction avec la volonté du gouvernement de réduire le nombre de chercheurs et d’ingénieurs fonctionnaires et de démanteler les centres de recherche et d’études.

 


Jérome MEYER                                                                                                                                                   Secrétaire de la section de l'Ecole normale supérieure à PARIS du Parti socilialiste

 


Par PS Mundolsheim - Publié dans : Société
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