Partager l'article ! Le chauffage électrique : Un non sens écologique: Caractéristiques du système électrique français Eric Leysens | 22/12/2009 | 09: ...

Eric Leysens | 22/12/2009 | 09:41 | Eau & énergie
En amont, une production quasiment uniquement d'origine nucléaire avec un taux de disponibilité faible. En aval, un fort développement du chauffage électrique dans les logements engendrant un
gradient thermique élevé. Tous les ingrédients sont réunis pour que le réseau électrique français, en cette période hivernale, soit proche de la saturation.
La France compte 58 tranches nucléaires. Elle devrait, avant 2020, en compter 60 avec les nouvelles centrales de Flamanville et Penly. Ainsi, environ 80% de la production d'électricité
française est assurée par le nucléaire, c'est pourquoi la France est souvent qualifiée de « tout nucléaire ». Cette situation permet à la France d'afficher un faible taux de dégagement de CO2 par
kWh produit mais l'oblige, en plus de la demande de base (stable toute l'année), à gérer les pics de consommation hivernales, avec des centrales nucléaires dont la faible réactivité n'est pas
adaptée pour répondre à de tels fluctuations.
Philippe Guillard, Directeur adjoint de l'énergie à la Direction Générale de l'Energie et du Climat, organisme en charge de la Programmation Pluriannuelle des Investissements de l'Etat en matière
d'énergie, a indiqué, en prévoyant que la demande nationale devrait diminuer dans les années à venir ou tout du moins se stabiliser, qu'une troisième centrale serait inutile et que même les deux
nouvelles devraient générer un surplus de production. Il prévoit, en revanche, la construction d'une douzaine de centrales à gaz. Contrairement à la production des centrales nucléaires, celle des
centrales à gaz peut être lancée en en temps très court et donc permettre de répondre au pic de consommation hivernale, principalement à 19h. Il est aussi envisager d'augmenter les capacités
d'importations (aujourd'hui limitées à 9000 MW) en optimisant les interconnexions avec les pays étrangers.
Le taux de disponibilité pré-cité correspond à l'énergie produite par rapport à celle qui aurait pu être produite en puissance nominale durant le même laps de temps. Plus ce taux est élevé, plus l'utilisation des équipements est optimale. Dans l'hexagone, pour le nucléaire, il est tombé de 83,4% en 2005 à 79,2% en 2008. Ce taux de disponibilité est un des plus bas d'Europe. Le nouveau président d'EDF, Henri Proglio, le jugeait récemment, lors d'une audition publique à l'Assemblée nationale, "non satisfaisant" et concédait que cette situation était le fruit d'un "manque de réalisme". En Belgique, Electrabel, dont GDF Suez est actionnaire à 100%, exploite les sept centrales avec un taux de disponibilité proche des 90%. Et ce n'est pas la taille du pays qui est en jeu car l'objectif affiché du Nuclear Energy Institute, l'organisme représentatif de l'industrie nucléaire américaine, est de maintenir un taux moyen de disponibilité supérieur à 90%. Henri Proglio s'est, lui, fixé d'atteindre l'objectif des 85% d'ici 3-4 ans.
En aval de la production d'électricité à 80% d'origine nucléaire, la proportion d'habitations équipées en chauffage électrique augmente chaque année. Par exemple, en 2007, la moitié des maisons
individuelles ont été équipées de manière à être chauffées uniquement à partir de chauffage électrique. Seuls les appartements neufs avec chauffage central collectif continuent à privilégier le
gaz (70 % en 2007 comme en 2004). Pour le reste des habitations, le recul du gaz est significatif de l'avantage pris par les équipements techniques fonctionnant à l'électricité.
Le chauffage électrique à l'avantage d'être peu cher au regard de l'investissement initial mais il faut ajouter à l'énergie consommée dans l'habitation, des pertes et une consommation des
producteurs et des transformateurs d'énergie très importantes. Autrement dit, dans le jargon des énergéticiens, le rapport entre énergie primaire et énergie finale est élevé pour l'électricité
française. Il est fixé en France depuis longtemps à 2,58, alors que beaucoup estime qu'il se situe plutôt aujourd'hui autour de 3,3. A titre de comparaison, pour le gaz, ce rapport est fixé à
1.
En Allemagne, où le chauffage des foyers se fait majoritairement au gaz et au fioul, la période hivernale provoque une forte augmentation des émissions de CO2. En France, cette forte progression
du chauffage électrique est corrélée avec l'augmentation de la sensibilité au froid de notre consommation d'électricité et donc implique un risque de saturation du reseau durant la saison froide.
De 1996 à aujourd'hui, le gradient thermique de la France, indicateur de la sensibilité de notre consommation d'électricité aux baisses de température hivernales, a doublé. Selon RTE, le gestionnaire du Réseau de Transport d'Electricité, "la sensibilité aux températures extérieures en hiver est en effet largement plus forte en France que dans les systèmes voisins : le gradient thermique du système français, qui approche 2100 MW/°C, représente, à lui seul, près d'une fois et demie la somme des gradients thermiques de tous les autres systèmes européens". Ainsi, quand, en hiver, la température diminue d'un degré Celsius, notre demande d'électricité augmente de la puissance de deux réacteurs nucléaires.
Eric Leysens | Source LE MONITEUR.FR