Actuellement, la France produit l’essentiel de son électricité à partir de l’énergie nucléaire. Cette stratégie permet notamment d’atténuer l’effet de la hausse du prix des énergies fossiles sur les prix de l’électricité et de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Les réacteurs actuels appartiennent à la 2e génération. Les plus anciens ont actuellement une trentaine d’année. Pour les plus récents, leur durée de vie pourra aller jusqu’à 60 ans aux vues des prévisions actuelles. Mais pour permettre l’arrêt des plus anciennes centrales nucléaires, il est nécessaire de trouver de nouvelles sources de production d’électricité.

Les énergies renouvelables sont une ressource possible insuffisamment exploitée, mais s’il est raisonnable de penser que la France pourra atteindre 20% d’électricité d’origine renouvelable, elle ne pourra en aucun cas remplacer ces centrales nucléaires par des éoliennes sauf à mettre une éolienne à tous les coins de rue. L’Allemagne avait un temps renoncer à l’énergie nucléaire, mais elle s’est résolue à stopper son processus de démantèlement des centrales nucléaires, parce que l’énergie d’origine fossile est une solution court-termiste et émettrice de CO2.

L’EPR est par conséquent une solution envisageable. Il s’agit d’un réacteur de 3e génération. Les installations en Finlande et à Flamanville ont certes une vocation expérimentale, mais il s’agit surtout d’une centrale électrique pour demain. D’autres réacteurs de 3e génération sont en projet en Angleterre et en Chine. Il n’y a d’ailleurs pas de différences fondamentales entre la 2e et la 3e génération. On ne peut pas parler de rupture ou de révolution technologique entre ces deux générations. Les réacteurs de 3e génération garantissent cependant une plus grande rentabilité et une meilleure sécurité. En outre, ils favorisent une meilleure réutilisation des principaux déchets nucléaires.

La France a fait le choix de l’énergie nucléaire et il sera difficile d’y renoncer à court et moyen terme. L’EPR est une solution pour renouveler le parc nucléaire existant. La différence entre les réacteurs nucléaires de 3e et 4e génération est plus fondamentale. Il s’agit dans ce cas d’une véritable rupture technologique à réaliser. Les réacteurs de 4e génération sont des réacteurs à neutrons rapides capables de fissionner les déchets nucléaires d’aujourd’hui comme les actinides mineurs. Ces déchets sont actuellement les plus problématiques pour la filière nucléaire, même s’ils constituent une part infime des déchets des centrales nucléaires. Mais il ne s’agit pas d’une solution immédiate et on ne peut pas sauter les générations par une simple volonté politique. Des résultats scientifiques sont nécessaires.

Pour donner un ordre de grandeur, l’EPR sera opérationnel à partir des années 2010. Les réacteurs de 4e génération pourront être une solution pour 2030 – 2050 à condition de réussir les ruptures technologiques nécessaires. Quant à ITER, il faudra à mon avis attendre 2050 pour voir le premier prototype industriel de réacteur de fusion nucléaire, parce que le site de Cadarache n’est pour l’instant qu’un prototype de recherche : il ne produira pas de l’électricité à grande échelle. Entre le moment où les pouvoirs publics décident de construire un réacteur et celui où le citoyen reçoit l’électricité qu’il produit, il faut compter presque 20 ans. C’est pourquoi l’Etat, qu’il soit de gauche ou de droite, doit engager la construction de l’EPR à Flamanville.


Jérôme Meyer


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Jérôme Meyer est secrétaire de la section PS de l'Ecole Normale Supérieure de PARIS