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Réflexion Politique

Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 13:08

 

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Jean-Pierre Giran, député du Var, vient de remettre à la présidence de la République, le rapport consacré à l'amélioration du fonctionnement de la démocratie locale, issu de la mission qui lui avait été confiée, en juin 2011, par le chef de l'État.

Intitulé "42 propositions pour améliorer le fonctionnement de la démocratie locale", ses propositions se déclinent en trois axes principaux:
- renforcer la vitalité et la réalité du débat local, pour faire vivre la démocratie de proximité, en facilitant les conditions de participation et d'expression de l'opposition et de la société civile;
- encadrer et réguler davantage les collectivités locales;
- améliorer les conditions d'exercice des mandats locaux, en développant la transparence, en favorisant l'accès aux différents mandats, et en renforçant le statut et la sécurité des élus.
Il avance aussi des propositions concernant l'équilibre des pouvoirs dans les exécutifs locaux tel que confier la présidence de la commission des Finances à l'opposition dans les communes de plus de 3.500 habitants, en rendant obligatoire la création d’une commission des finances dans ces communes, ainsi que sa convocation avant toute décision budgétaire importante.
Il préconise aussi, dans les communes de 3.500 habitants et plus, d’organiser une fois par trimestre une séance du conseil municipal entièrement dédiée aux questions orales d’actualité, posées à l'exécutif municipal à parité par la majorité et par l’opposition. Une solution alternative consisterait à consacrer les trente premières minutes du conseil municipal aux questions orales d’actualité. Il suggère que «tout conseiller municipal ou communautaire qui, sans excuse suffisante, a manqué trois séances consécutives du conseil doit voir ses indemnités éventuelles réduites de moitié. Celui qui a manqué cinq séances consécutives doit être tout simplement révoqué et remplacé par le suivant de liste».
En ce qui concerne le cumul des mandats, le rapporteur propose qu’un «vaste débat national pourrait être organisé pour envisager une nouvelle réduction, voire l’interdiction totale, du cumul des mandats suivants: élu local (conseiller municipal – conseiller communautaire), élu territorial (conseiller territorial), élu national (député ou sénateur), élu européen (député européen)».

Pour télécharger le rapport (PDF, 369 Ko), utiliser le lien ci-dessous.

Liens complémentaires :
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics//124000092/0000.pdf

 

Sur Maire.info

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 18:43

 

 

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Tous les jours on nous parle de nouvelles crises, de dettes nationales, de nouvelles catastrophes affectant ou menaçant l’Union Européenne: problèmes financiers et égoïsmes nationaux dominent et accaparent la scène.On ne peut toutefois pas réduire l’Europe à la dimension financière, l’Europe, c’est beaucoup plus que cela. C’est pourquoi je voudrais m’éloigner un peu de toutes ces crises pour vous parler d’une autre Europe, de l’Europe que j’aime: Europe des citoyens, Europe des langues et des cultures, Europe de la solidarité entre les peuples. Cette Europe-là n’est pas un mythe, elle existe déjà mais nous ne la voyons pas, bien qu’elle soit le fruit de 2 ou 3 mille ans d’histoire et de civilisation.

L’autre jour j’écoutais à la radio une interview de l’historien Pierre Nora sur l’identité nationale de la France (Le 22 octobre dans le « 7-9″ de France-Inter). Cette interview m’a beaucoup intéressé. Le sujet en était « le transfert d’une identité nationale vers une identité européenne qui se cherche ».

Identité nationale et européenne

Selon P. Nora, nous n’avons pas eu une identité nationale unique, mais « plusieurs identités nationales: une identité féodale, monarchique, révolutionnaire, républicaine; aujourd’hui on va vers une identité démocratique ». Cette nouvelle identité démocratique se caractérise par une « multiplicité de groupes ethniques et culturels – tous les groupes minoritaires qui ont conscience de leur propre identité et de leur propre histoire ». Il ne s’agit pas seulement des émigrés, mais également « des femmes, des provinciaux, des juifs, des ouvriers, des religieux, etc. minorisés par un état jacobin, qui ont besoin d’êtres reconnus dans ce qu’ils sont, dans leur identité ». Bien que nous puissions émettre quelques doutes quant à l’identité « nationale » féodale, les identités à cette époque étant plutôt bourguignonnes, normandes, bretonnes, etc., que nationales, ce qu’en dit P. Nora correspond à ce que nous avons toujours affirmé: toute identité est multiple, c’est l’unitas multiplex pour reprendre les termes d’Edgard Morin (Edgard Morin, Penser l’Europe, Gallimard, Paris, 1987) . Chacun d’entre nous a une identité multiple: personnelle, familiale, régionale, nationale, européenne, et pourquoi pas, mondiale. Pour P. Nora, l’identité européenne est « à la fois évidente et introuvable. Nous sommes tous européens scientifiquement, intellectuellement, pas linguistiquement, mais historiquement ». Il aurait pu ajouter culturellement.

Ainsi, si je comprends bien P. Nora, le seul obstacle à une identité européenne semble être la langue. Mais poursuivons: l’identité européenne « n’a pas de symboles. Les seuls lieux d’une mémoire europénne sont Verdun et Auschwitz, des lieux de deuil ».

L’histoire de l’Europe est déjà commune, simplement, nous ne le voyons pas parce que nos gouvernements nationalistes ont toujours fait tout leur possible pour nous le cacher et nous inciter à la guerre contre nos « frères » européens; nous voyons le résultat: Verdun et Auschwitz. Il me semble que l’on oublie un peu vite que la Renaissance italienne et que les Lumières françaises ont éclairé l’Europe toute entière. Que dans les brumes de Stratford, Shakespeare, rêvant d’Italie, écrivait Romeo et Juliette, Othello, le Marchand de Venise, que les Romantiques n’ont pas connu de frontières et que certains d’entre eux, comme Lord Byron ont combattu pour libérer la Grèce du joug ottoman, que Goethe, lui aussi, rêvait d’Italie « Kennst du das Land wo die Zitronen blühen ? » (Connais-tu le pays des citronniers en fleur ?), alors qu’ Apollinaire rêvait de l’Allemagne (Rhénanes). On oublie aussi que les princes d’Europe se mariaient entre eux et que les reines de France ont été Medicis, espagnoles, autrichiennes… que les rois de Suèdes sont les descendants de Bernadotte et que la reine Sofia d’Espagne est grecque. Que le roi Edouard III d’Angleterre était le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, « la louve de France », et à ce titre, héritier plus légitime de la couronne que les rois Valois qui n’étaient que ses neveux… On pourrait même dire qu’il n’y a pas d’histoire de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne… mais seulement l’histoire de l’Europe.

Mais n’y a-t-il pas de nouvelles générations d’Européens qui se considèrent comme européens ? P. Nora répond: « C’est le verre à moitié vide et le verre à moitié plein; nous sommes tous des Européens sans l’être ». Comment se forge une identité ? Selon P. Nora « c’est l’histoire qui la forge; il faut du temps et des épreuves communes ». Simplement le temps, c’est la seule chose que nous n’avons pas, que nous n’avons plus: l’Europe peut bien être détruite avant que nous n’ayons le temps de la construire, et la pression de la concurrence mondiale ne nous laisse pas un siècle pour nous forger une identité européenne. Il nous faut agir vite et bien.

Nous avons cependant déjà quelques symboles: un drapeau, un hymne (que peu d’Européens connaissent), une monnaie commune (aujourd’hui très critiquée, mais qui est quand même bien pratique lorsque l’on voyage en Europe). Pourtant l’importance de ces symboles est très relative; de toute manière, ils ne suffisent pas. Il nous faut des symboles beaucoup plus forts, des symboles qui requièrent un engagement de la part des Européens, la seule chose qui nous manque sur notre chemin vers une identité européenne, c’est à dire une langue commune. L’apprentissage d’une langue est un véritable engagement personnel, il demande beaucoup d’investissement aux apprenants, il leur permet de communiquer entre eux et par là, de créer un lien entre les Européens, lien qui n’existait pas auparavant. Comme dit Claude Hagège “l’usage d’une langue est vécu par l’individu comme un rapport fondateur, pourvoyeur d’identité, sinon d’accession à l’existence.” (C. Hagège. linguiste français, “Le pouvoir de la langue”, Courrier de l’UNESCO, Mars 1988)

 

Une origine commune

Une langue commune est l’outil dont nous avons besoin pour forger une identité européenne.

Mon propos est de fonder l’identité européenne sur la langue. Quel paradoxe, me direz-vous ! Il y a au moins en Europe au sens large, une trentaine de langues officielles, sans compter les langues dites « minoritaires » et les dialectes !

Tant mieux ! Cette diversité, c’est notre richesse; si, à l’instar des Etats Unis, nous n’avions qu’une seule langue, ce serait un dramatique appauvrissement culturel. Mais il nous faut aller plus loin; il ne faut pas que les arbres nous cachent la forêt. Lorsque l’on analyse cette diversité – et tous les linguistes le savent – on s’aperçoit qu’elle fourmille de points communs. Point n’est besoin, d’ailleurs, d’avoir un diplôme de linguistique pour s’en apercevoir: ça saute aux yeux du premier Européen qui découvre la langue de son voisin. Par exemple, école en anglais se dit school, tiens, ça ressemble à scolaire, en allemand Schule (qui ressemble à school) et tous à l’italien scuola, esp escuela, russe школа « chkola », etc. Ecrire se dit skriva en suédois, skrive en danois, qui ressemblent à l’italien scrivere, esp escribir, al schreiben, neer schrijven et même à l’albanais shkruaj.

Vous allez me dire: « il ne s’agit là que de quelques termes isolés, empruntés au latin, ça ne va pas bien loin ». Pourtant, ces emprunts sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense généralement, beaucoup plus nombreux que les mots internationaux du type hôtel, taxi, café, téléphone, télévision, etc. Mais surtout, la principale caractéristique des langues d’Europe, c’est qu’elles sont issues, pour la plupart d’entre elles (à l’exception du basque, de l’estonien du finnois et du hongrois) d’un ancêtre commun, le proto-indo-européen (PIE), parlé il y a environ 5 à 6000 ans dans les steppes au nord du Caucase (The Horse, the Wheel and Language par David Anthony). Ce n’est pas un hasard si voir se dit videre en latin, vedere en italien et видеть »videt’ » en russe, widzieć en polonais, viděti en tchèque…: ils sont tous issus de la racine i-e weid-*, woida* = voir et savoir (je sais parce que j’ai vu: woida*) qui a également donné l’allemand wissen, néerlandais weten, danois vide, suédois veta = savoir, le sanskrit veda = savoir, connaissance, le grec είδω « eidô » = voir, etc. Ou si donner se dit en latin, et italien dare, en espagnol dar, en russe дать « dat’ », en tchèque dáti, en polonais dać, en lituanien duoti, letton dot, en sanskrit dádāti, en grec δίδωμι « didômi », en arménien dal, en perse dādan, en hindi dēna, en kurde dan: ils sont tous issus de la racine i-e do-*, didōmi* = donner.

Une langue commune

Nous avons donc une langue commune, ou plutôt, nos lointains ancêtres avaient une langue commune, car celle-ci s’est diversifiée en de multiples dialectes, suffisamment différents les uns des autres pour qu’on les appelle aujourd’hui langues étrangères.

Certains, comme Carlos Quiles , on tenté de ressusciter le proto-indo-européen pour en faire une langue moderne, ce qui n’est pas une mince affaire car le PIE était d’une grande complexité tant sur le plan grammatical (innombrables déclinaisons et conjugaisons) que phonologique. En outre l’Europaio (PIE ressuscité de Carlos Quiles) ne tient aucun compte de l’évolution des racines i-e à travers les siècles et les millénaires: certaines d’entre elles ont pratiquement disparu comme ekwos* , le cheval, qu’on ne retrouve guère en français que dans des mots empruntés au latin comme équestre, équitation. D’autres racines ont changé de sens et de forme à tel point qu’elles sont méconnaissables: qui penserait que quatre et vier en allemand, peder en breton et tessera en grec sont exactement le même mot ? Pourtant ils sont tous issus de la même racine kwetwōr*. La racine skəyō* couper, séparer donne σχίζω « skhizô » en grec, scindo en latin = fendre, mais également scio = savoir, et aussi le breton skoed = bouclier, l’allemand scheißen et l’anglais shit = déféquer, le lituanien skíesti = étendre, diluer (liquide), et le slave čistý (tchèque) = pur, propre, l’allemand Scheibe = tranche et Schiff, anglais ship = navire, etc. Comment s’y retrouver ?

Voilà pourquoi j’ai créé l’Uropi, une langue pour l’Europe.

Pour chaque mot créé, je suis parti de la racine i-e commune (à l’exclusion de celles qui se sont perdues), j’ai suivi son évolution à travers les siècles et à travers les langues pour aboutir aux termes contemporains. Chaque mot Uropi ou presque, est la synthèse de cette évolution. Pour certains mots, c’était facile, pour le soleil par exemple, sol en Uropi qui est la forme la plus simple et la plus commune qu’a pris la racine i-e sāwel* et qui correspond aux mots espagnol, catalan et scandinaves.

La racine weid-* (voir, savoir) a donné l’Uropi vizo (voir) qui tient compte de son évolution: al wissen (savoir), participe passé espagnol visto (vu), le grec είδα « eida » (j’ai vu, où le δ se prononce comme le th anglais de this) et surtout des termes secondaires comme vision, télévision, devenus très internationaux (par ex. tch televize, lit, cro, slo televizija, alb televizion, pol telewizja, pers telewizyun, kurde televizyon… d’où le « z ».

Contrairement à celle du PIE, la grammaire Uropi est la plus simple possible tout en restant à 100% européenne: toutes ses structures sont empruntées aux langues européennes modernes, par exemple, le présent de dormir (de la racine i-e swepmi* / swopeyō* = dormir > Lat sopor = sommeil > français soporifique):

i sop , tu sop, he sop, nu sop… = anglais I sleep, you sleep, he sleeps, we sleep…

Le passé en ì: i jedì = j’ai mangé = espagnol comí; italien finì (il a fini), catalan morí (je mourus = Ur. i morì)

Le futur: ve + infinitif: i ve veno = je viendrai = roumain voi veni, allemand ich werde kommen, anglais I will come, (+ futur proche français je vais venir & espagnol voy a venir). Le grec moderne θα αγοράσουμε (tha agorasοume) et le bulgare ще купим (chté koupim) = Ur. nu ve kopo (nous achèterons) ont une construction semblable.

La négation: I vol ne, je ne veux pas, = allemand ich will nicht, néerlandais ik wil niet

L’interrogation: Vol tu…? = fr. Veux-tu…?, = al. Willst du…?

La prononciation qui élimine presque tous les sons difficilement prononçables par la majorité des Européens, se rapproche de celle de l’italien.

Vers une identité européenne

A travers les racines indo-européennes communes, l’Uropi restitue aux Européens un patrimoine commun depuis longtemps oublié, tout en reflétant les langues européennes modernes. L’Uropi est à la fois un outil de communication, ce qui devient de plus en plus indispensable entre Européens et le ciment qui crée l’unité dans la diversité européenne. Une langue commune doit permettre aux Européens de s’identifier en tant qu’ Européens, de faire naître cette identité européenne qui nous paraît encore si lointaine car, comme le dit Claude Hagège (op.cit) « l’usage d’une langue est pourvoyeur d’identité ».

Selon P. Nora, historien, seule l’histoire confère une identité; il oublie la langue. Une histoire commune et une langue commune confèrent une identité. Nous avons déjà montré que nous avions une histoire commune – il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir – et aussi, sans doute, enseigner l’histoire autrement, dans une perspective européenne .

Il nous faut maintenant une langue commune. Histoire et langue… langue et histoire… histoire de la langue… histoire des langues européennes. L’étymologie de chaque mot Uropi nous raconte l’histoire des mots européens. C’est là aussi, dans ces mots pluri-séculaires voire pluri-millénaires, que réside l’identité européenne.

Aujourd’hui l’Europe et ses états-membres me font penser à ces tribus gauloises qui passent leur temps à se quereller alors que César est à leurs portes et les menace toutes. César aujourd’hui ce sont les nouvelles super-puissances et le danger n’est plus celui d’une conquête militaire, mais d’une conquête économique. Pierre Nora nous dit que l’identité est forgée par l’histoire et souvent dans un combat contre un ennemi commun. Aujourd’hui l’Europe doit livrer ce combat contre la crise financière: si nous combattons ensemble et unis, nous vaincrons et l’Union Européenne survivra, si au contraire nous sommes battus, l’Europe cessera d’exister, elle disparaîtra, sera dissoute dans la mondialisation.

Alors même que j’écris ces lignes, les gouvernements européens en réunion se révèlent incapables d’accorder leurs violons. Ils ne pensent qu’à leurs intérêts nationaux et électoraux; il n’y a aucune solidarité. Ils n’ont pas compris que nous sommes condamnés par l’histoire et la géographie, mais aussi par la culture et l’économie à vivre ensemble et à nous unir simplement pour pouvoir survivre. J’ai le sentiment que l’Europe est en train de se suicider. Que peut-on faire pour sauver l’Europe ? Pourquoi faut-il toujours que les financiers seuls décident du destin des citoyens européens pour ne pas dire des citoyens du monde ?

 

Joël Landais

Article publié en trois langues: Uropi – français – anglais sur le blog Uropi

 

 

Par Parti socialiste Mundolsheim - Publié dans : Réflexion Politique
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 16:52

De Bismarck à Déroulède…

 

En comparant Angela Merkel à Bismarck, Arnaud Montebourg a non seulement commis une erreur historique, mais aussi une double faute politique. Comment ne pas comprendre en effet que l’avenir de l’Euro, et de l’Europe elle-même, dépend aujourd’hui de la capacité de la France et de l’Allemagne à travailler et proposer ensemble ? D’autant que loin d’être « nationaliste et arrogante », l’Allemagne bouge aujourd’hui, en réalité, plus que la France ! Comment ne pas voir ainsi que même la CDU, à son Congrès de Leipzig, a mis sur la table une vision de l’avenir de l’Europe (élection du Président de la Commission au suffrage universel, droit d’initiative législative donné au Parlement européen, etc) que l’on est loin de retrouver dans nos propres débats !

 

Sans doute devons-nous faire preuve de vigilance sur les risques d’une prise de pouvoir par les experts dont on ne saurait accepter qu’ils se substituent aux Parlements en matière budgétaire. Et François Hollande a eu raison de refuser une « judiciarisation des traités ». Mais peut-on en revanche reprocher à nos amis Allemands de ne vouloir consentir des efforts financiers supplémentaires qu’après avoir avoir obtenu de nouvelles garanties de la part de leurs partenaires ? N’est-il pas paradoxal de les « agresser » au moment où il faudrait au contraire se montrer créatifs et avancer des solutions, à 2 ou à 6, qui associent les Parlements – à l’instar de ce que vient de faire Jean-Louis Bourlanges, qui préconise par exemple que le contrôle des Budgets soit confié à des représentants de toutes les commissions des finances des pays engagés dans un processus de coopération renforcée ? Ne serait-il pas temps de suggérer de nouvelles avancées en matière d’intégration budgétaire et fiscale à l’Allemagne, plutôt que de lui renvoyer à la figure un rappel brutal de son histoire ?

 

Mais ces propos sont aussi malheureux au regard des enjeux de la campagne présidentielle. En se plaçant dans le camp des critiques de l’Allemagne, Arnaud Montebourg laisse à Nicolas Sarkozy le rôle du « responsable à la recherche de solutions avec notre partenaire incontournable » ! Or, que voulons-nous pour demain ? Une France qui s’isole ? Une Europe livrée à elle-même dont le destin ne nous concernerait plus en priorité ? Il est certain que la réponse au malaise européen ne viendra pas plus de déclarations à l’emporte-pièce que de petits arrangements improvisés, mais de propositions novatrices que notre candidat a heureusement commencé à formuler à Berlin ce lundi. Mais il lui faudra aller plus loin. Faire preuve de plus d’audace. Pour dire à nos amis Allemands combien nous comprenons leurs craintes mais pour leur dire aussi que la France ne pourra accepter de nouveaux transferts de souveraineté que s’ils s’accompagnent de progrès dans les domaines de l’intégration politique, fiscale et budgétaire.

 

Comment y parvenir, sinon en saisissant l’occasion qui nous est offerte par la crise de proposer la constitution d’une véritable union franco-allemande qui puisse sur le plan économique, comme sur le plan budgétaire, mettre en commun et partager les moyens indispensables à de nouvelles percées dans le domaine universitaire, industriel, technologique ou de la recherche ? Pourquoi ne pas consacrer une part de nos ressources, Français et Allemands et tous ceux qui le voudraient, à un budget commun consacré au financement de ces priorités ? Et pourquoi ne pas aller vers un véritable Gouvernement franco-allemand, ouvert à tous ceux qui voudraient s’y joindre, qui pourrait fixer sur des périodes pluriannuelles les grandes orientations de cette stratégie économique et budgétaire commune ? Pourquoi ne pas relancer la coopération renforcée en matière d’harmonisation fiscale, amorcée en particulier sur l’assiette de l’impôt sur les sociétés ? Voilà les pistes à partir desquelles l’Europe et la France, avec l’Allemagne et tous ceux qui voudraient s’y associer, pourraient retrouver un élan.

C’est en remettant notre histoire en marche que nous pourrons dire définitivement adieu à Bismarck comme à Déroulède…

 

Gaëtan Gorce sur son blog

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