Décidément il ne se passe pas un jour sur le front de l'emploi en Alsace, sans que l'actualité apporte son lot de mauvaises nouvelles. Hier c'était Clariant à
Huningue, Acean à Gundershoffen, aujourd'hui c'est au tour des salariés de SONY Ribeauvillé de s'inquiéter pour la survie de leur entreprise.
Souvenez vous, c'était en décembre 2007, Sony Ribeauvillé entamait son 5ème plan de restructuration prévoyant entre autre le licenciement de 230 employés sur les
791 que comptait l'usine à cette date. La reconversion du site devait se faire dans le service après vente, l'ingénierie et la sous traitance sur le marché de l'automobile.
Il faut croire que cette reconversion n'était pas suffisante pour pérenniser le site de production si on en crois certaines rumeurs persistantes. Après la réunion
du Comité central d'entreprise le 25 janvier à Paris, il serait question maintenant d'un autre CE, extraordinaire celui là, qui aurait lieu le 27 janvier à Ribeauvillé.
Tout cela n'annonce rien de bon si l'on veut bien se souvenir du plan de 8000 suppressions d'emplois dans le monde annoncé par le groupe en 2008, plan qui avait été
à l'origine de la fermeture de l'usine de Pontonx-sur l'Adour avec ses 312 salariés.
En Alsace, si une telle issue devait confirmer les rumeurs, cela sonnerait comme un coup de tonnerre en pleine campagne des Régionales, alors que le thème de
l'emploi est sur toutes les lèvres.
Dans les années quatre vingt, SONY était pour pour toute l'Alsace beaucoup plus qu'une simple entreprise chargé d'apporter des emplois dans une région qui n'en
possédait guère. A l'époque (c'était en 1986) SONY représentait le savoir faire japonais, la haute technologie et la quintessence du sérieux des travailleurs japonais.
Pour les salariés Alsaciens, réputés pour leur sens du labeur et leur considération pour l'outil de travail, SONY offrait, outre la possibilité de salaires décents,
la perspective d'appartenir au monde des meilleurs, celui d'une expérience industrielle universellement reconnue. Le monde politique d'alors n'était d'ailleurs pas en reste. Pour lui, et sans nul
doute possible, SONY Ribeauvillé devait devenir le symbole d'une Alsace vitrine industrielle de la France.
Vingt ans après et quelques mille cinq cent emplois en moins, SONY ne fait plus rêver.
« Sony-Ericsson a fait des investissements très conséquents en Chine où une grosse usine prend en charge les produits haut de gamme à partir de cette
année ».
Qui d'autre, mieux que Jean -François MAIRE, directeur du site alsacien, pouvait résumer la situation de SONY en Europe. C'était il y a un an, et la crise battait
son plein.
Aujourd'hui on reparle de croissance et du retour des bénéfices dans les entreprises. Pour autant le niveau des salaires, les coûts salariaux de la protection
sociale, le respect des normes environnementales et des conditions de travail, demeurent bien peu de choses face aux diktats des actionnaires et celui des retours sur investissements à deux
chiffres.
Aujourd'hui la Chine est là qui leur tend les bras avec ses salariés payés au lance pierre, son syndicat maison prompt à défendre les intérêts...patronaux, et sa
politique sociale inexistante. A ce petit jeu du moins disant social, rares sont les grands groupes et même les PME/PMI qui résistent à la douce musique des superprofits. Pour couronner le tout,
et si on se fie aux propos de Jean-François MAIRE, en Alsace comme ailleurs, le défi de la haute technologie ne serait plus en lui même, un obstacle suffisant destiné à enrayer la concurrence des
pays à bas salaires !
Sony Ribeauvillé après son 5ème plan de restructuration , va t il en connaître un 6ème qui serait aussi son dernier? Celui entérinant la fin définitive d'un
site qui au temps de sa splendeur employait près de 2000 salariés?
« A ce rythme de croisière d'une restructuration tous les trois ans, SONY Alsace n'existera bientôt plus » titrait l'intersyndicale dans un
communiqué datant du 6 décembre 2007...presque qu'hier !
Comment conjurer la concurrence venant des pays à bas salaires, si qui plus est, la haute technologie n'est plus là pour garantir la pérennisation des emplois
industriels dans les pays développés?
Que reste-il des lors comme moyens si ce n'est celui de la négociation musclée, celle de l'exigence de conditions décentes de salaires et d'emplois partout dans le
monde, celle d'une protection sociale attachée à chaque individu ou qu'il soit. Il s'agit là, n'en doutons pas, d'un rapport de force à venir, où pays producteurs et pays consommateurs
s'affronteront à des niveaux qui dépassent de loin le cadre étroit d'une province comme l'Alsace, ou même d'un pays comme la France.
Pour l'heure nous en sommes loin, et il s'agit avant tout de donner des réponses concrètes à ce qu'il faut bien appeler désormais la désindustrialisation de
l'Alsace.
Philippe RICHERT présentera la liste UMP pour les régionales le jeudi 28 janvier dans la salle du Parc à RIBEAUVILLE. Jean Louis CHRIST, député UMP de la
circonscription, qui dit ne pas être au courant d'éventuelles réduction d'activité chez SONY, s'annoncera t il pour l'occasion comme le sauveur porteur de bonnes nouvelles ?
L'UMP du Haut Rhin au grand complet saura t elle répondre aux interrogations anxieuses de centaines de salariés et de leurs familles inquiets pour leur emploi, mais
aussi aux attendus de la politique que cette formation mène depuis des décennies, où l'appel fait aux groupes étrangers ne s'est accompagné d'aucune politique sérieuse de pérennisation des
entreprises accueillies, pas plus que celle engageant les salariés sur la voie de formations qualifiantes ?
Francis Alexis HAMMER